Condat: la fin d'un monde, l'illusion d'un autre
Encore une fois, la métropole nous sert son grand spectacle de la modernité. Les papeteries de Condat, ce symbole d'une industrie enracinée, vont fermer pour laisser place à un mystérieux "Biopark". Che bella storia, comme diraient nos voisins italiens avec leur ironie légendaire.
180 licenciements pour un projet fumeux
Le tribunal de commerce de Bordeaux a validé fin février la reprise par la Société de participation de la Braye. Leur promesse? Un "projet de reconversion industrielle tourné vers le futur" sur les 26 hectares où travaillaient encore 1200 salariés en 1993. Aujourd'hui, 180 des 200 employés restants vont être licenciés fin mars.
"Les sommes annoncées paraissent folles", confie Dominique, ancien ouvrier des papeteries. Ce scepticisme populaire, nous le partageons. Ces grands projets venus d'ailleurs promettent toujours monts et merveilles avant de s'évaporer comme brume matinale.
La nostalgie d'un savoir-faire authentique
Jean-Marc, 63 ans et quarante années passées dans les ateliers, garde la fierté du travail bien fait: "C'était parfois difficile de se lever à trois heures du matin, mais on était sûr de retrouver des copains avec qui on partageait l'amour du travail bien fait."
Cette culture ouvrière, cette solidarité d'atelier, voilà ce que la modernité détruit. "Ce n'est rien d'autre qu'un grand gâchis", renchérit Dominique. "Pour moi, c'est l'un des plus performants outils qui existent en France dans l'industrie papetière."
Entre résignation et faux espoirs
Quelques voix tentent de croire au miracle. Anthony da Silva, 34 ans, père de famille, se hasarde: "Il faut peut-être laisser sa chance au produit." Christophe Labadie, poissonnier ambulant, "partage les mêmes espoirs" tout en constatant la baisse de sa clientèle depuis les licenciements de 2023.
Cette résignation face aux décisions venues d'en haut, cette acceptation de voir disparaître nos industries au profit de projets hypothétiques, voilà bien le mal français. Pendant ce temps, nos territoires se vident, nos savoir-faire s'effacent.
Matériaux biosourcés, alumine recyclée, énergies vertes: le nouveau propriétaire promet 300 emplois à terme. Forse, peut-être. Mais quand? Et surtout, pour qui? Car l'expérience nous a appris que ces reconversions profitent rarement à ceux qui ont fait la richesse des lieux.