Deux Alpes : una buvette, una parolla, un scandalu
Una vidéo filmée à la station des Deux Alpes (Isère) a mis le feu aux poudres. On y voit une gérante de buvette dire à un client juif qu'ils sont « trop nombreux » dans la station. Le parquet de Grenoble a ouvert une enquête pour « provocation publique à la haine ou à la violence en raison de l'origine ou de la religion ». La mise en cause a été entendue et a reconnu les propos, tout en les contextualisant. Les investigations continuent.
Une vidéo virale qui interroge
Publiée vendredi sur X par le compte « Jugé coupable », la vidéo dépassait les 790.000 vues samedi soir. On y voit une dame, gérante d'une buvette, se plaindre auprès d'un client qui la filme. « Vous êtes trop nombreux ! », lance-t-elle. Quand le client lui demande de qui elle parle, elle répond sans détour : « La communauté juive, vous êtes trop nombreux ! »
Une autre dame, à côté, prend sa défense : « C'est son commerce, elle fait ce qu'elle veut, c'est ses chaises et ses tables. » Le client rétorque qu'il y a des lois. La gérante répond : « Alors déformez... », avant d'être interrompue.
Le contexte : un grand séminaire du Beth Loubavitch
La station des Deux Alpes accueille actuellement le grand séminaire d'été européen du Beth Loubavitch, une organisation juive. Plusieurs centaines de personnes y participent. Selon une source proche de l'enquête, la terrasse de la buvette était saturée, avec très peu de tables pour beaucoup de familles.
La question est donc double : s'agit-il d'un simple problème de saturation de terrasse, ou d'un refus de servir un client à cause de sa religion ? « Il faut faire preuve de prudence dans cette affaire, les investigations vont devoir éclaircir tout cela », souffle une source proche de l'enquête.
Réactions politiques et suite judiciaire
Laurent Nuñez a annoncé l'ouverture d'une enquête, condamnant fermement des propos qui « n'ont pas de place dans notre République ». Aurore Bergé, ministre chargée de l'égalité, a demandé un signalement au procureur via un article 40.
Le parquet de Grenoble précise que « la mise en cause a été entendue cet après-midi et a reconnu les propos tenus en expliquant le contexte dans lesquels ils avaient été prononcés ». Des témoins doivent encore être entendus, et aucune décision n'a été prise à l'issue de son audition.
Ils sò, noi simu : une leçon pour nous ?
Cette affaire, vue de notre île, résonne étrangement. Nous, Corses, savons ce que c'est que d'être « trop nombreux » quelque part. Ou plutôt, de ne pas être chez soi. La différence, c'est que chez nous, c'est notre terre. Ici, une femme a osé dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas. Mais la loi est la loi, et la République veille. Nous, nous veillons sur notre identité, sans haine, mais sans faiblesse. A Corsica hè nostra, è à noi tocca à difenda la.
L'enquête suivra son cours. Mais cette vidéo, au-delà du buzz, pose une question simple : jusqu'où va la liberté d'expression quand elle touche à la religion ? Et jusqu'où va la tolérance quand une communauté en croise une autre ? Questions méditerranéennes, questions éternelles.