Marina Vlady, l'âme slave et le cinéma, nous a quittés
Marina Vlady s'est éteinte jeudi à 88 ans. Fille de l'exil russe, égérie des cinémas italien et français, elle portait en elle une Méditerranée de feu et une steppe de mélancolie. De Cannes à Moscou, sa vie fut un roman, son art une prière laïque.
Une enfance entre Clichy et l'âme russe
Catherine Marina de Poliakoff-Baïdaroff naît le 10 mai 1938 à Clichy, dans une famille de Russes blancs arrivés après la révolution. Son père, aviateur engagé dans l'armée française en 1915, devient chanteur à l'opéra russe de Paris, puis ouvrier après la crise de 1929. Sa mère, ancienne danseuse, transmet à ses quatre filles le goût de la scène. Les sœurs Poliakoff, comme on les appellera, sont toutes promises à l'art.
Marina quitte l'école à 12 ans, danse à l'Opéra de Paris, tourne dès 10 ans. À 16 ans, elle remporte le prix Suzanne Bianchetti pour Avant le déluge d'André Cayatte (1954). L'année suivante, elle épouse Robert Hossein, dont elle aura deux fils. Le couple brille, mais divorce quatre ans plus tard. Elle se remarie avec l'aventurier Jean-Claude Brouillet, avec qui elle aura un troisième fils.
Une carrière entre Italie, France et URSS
En 1963, elle obtient le prix d'interprétation féminine à Cannes pour Le lit conjugal de Marco Ferreri. Elle est Lady Percy dans le Falstaff d'Orson Welles (1965), puis l'héroïne de Jean-Luc Godard dans Deux ou trois choses que je sais d'elle (1967). Marlon Brando et Orson Welles l'ont courtisée, Godard voulait l'épouser. Elle reste une égérie du cinéma transalpin, ce vieux lien que nous, insulaires, connaissons bien.
En 1969, elle épouse à Moscou le poète et chanteur Vladimir Vissotsky. Elle vit en URSS jusqu'à sa mort en 1980, partageant ses excès et ses persécutions politiques. De cette passion, elle tire un livre, Vladimir ou le vol arrêté (1987), adapté plus tard au théâtre.
Une femme engagée, une voix pour les sans-voix
Féministe, elle signe en 1971 le manifeste des 343 pour le droit à l'avortement. Avec Léon Schwartzenberg, son dernier compagnon, elle fonde le DAL, le droit au logement, et soutient les mal-logés, les drogués, et la liberté de choisir sa fin de vie. Son militantisme est resté fidèle à ses racines : une éthique de la dignité, loin des modes.
Elle laisse près de 80 longs-métrages, des téléfilms, et des rôles mémorables sur scène, dont les Trois sœurs de Tchekhov (1969), qu'elle joue avec ses sœurs, et la poétesse Marina Tsvetaïeva dans Le passage (1997).
« J'ai eu quatre maris, beaucoup d'amants et trois fils. J'ai vécu à côté d'eux et, donc, quand j'écris, c'est pour eux, parce qu'ils sont près de moi, avec moi », écrivait-elle dans ses Mémoires, 24 images/seconde (2005).
Que retenir de Marina Vlady ?
Une femme libre, une artiste totale, une mémoire de l'exil. Elle incarnait cette Europe des racines et des refuges, cette Méditerranée qui nous relie à l'Italie et au monde slave. À Isula Nova, nous saluons une sœur en esprit, une voix qui ne s'éteint pas.