Provence Rugby : cinq Fidjiens et un clan qui interroge notre modèle
Tu arrives à un âge où tu dois être sur le terrain.
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Clara Marchini
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Photo : Rugbyrama
Un club, cinq Fidjiens, trois internationaux. Selon Rugbyrama, Provence Rugby aligne cette saison l'effectif le plus fidjien de Pro D2, une construction signée Philippe Saint-André, l'ancien sélectionneur des Bleus devenu directeur d'Aix. Lui parle d'une « mafia fidjienne » en riant. Cinq joueurs : Tuisue, Waqa, Muntz, Bituniyata, Masiwini. Trois internationaux, des trajectoires distinctes, un même archipel d'origine. Et une question qui nous concerne : comment un club du Sud construit-il son identité quand il va chercher ses forces à quinze mille kilomètres ? Chez nous, a Corsica, on connaît le débat. On sait ce qu'un maillot veut dire, et ce qu'il ne dit plus quand plus personne ne parle la langue du pays. Alors on regarde. On n'accuse pas. On observe. Saint-André, lui, assume. « En vérité, je ne regarde pas la nationalité. J'analyse les qualités et les opportunités de marché. Mais, même s'ils sont souvent ensemble, je veille à ce que chacun s'ouvre aux autres. Ils ont surtout tous une grande approche du haut niveau et c'est notre ADN à Provence Rugby. » L'ADN, justement. Voilà le mot qui fâche. Parce qu'un ADN, ça ne se recrute pas sur le marché des transferts. Ça se transmet. Ça se parle à table, dans la rue, sur le terrain du village. Tuisue, le chef de clan Albert Tuisue, d'abord. Le patron. Arrivé de Gloucester où il ne jouait plus, soufflé par Zach Mercer. « Zach m'a dit que j'allais savoir le manager. Il a fait une saison exceptionnelle. C'est le chef de ce clan, car il a aussi été chef de son village aux Fidji où il était policier. » Chef de village et ancien policier : il y a de quoi sourire, mais il y a surtout une leçon d'autorité naturelle que nos sociétés méditerranéennes comprennent sans dictionnaire. Chez nous aussi, le respect s'achète pas. Il se gagne. Saint-André le dit sans détour : Tuisue « donne le ton physiquement », c'est « l'un des meilleurs gratteurs de la division », un « couteau suisse précieux ». Traduction : un homme qui tient un vestiaire. Waqa, le diamant brut Ensuite Waqa, le nouveau. « Un diamant à façonner, qui a besoin de comprendre le rugby européen et son organisation plus cadrée. Il a une vision fidjienne du rugby, où ce sont les exploits individuels qui font marquer. » Et cette phrase, lâchée par l'ancien patron du XV de France : « Il va plus vite que plusieurs de nos trois-quarts. » Voilà. Un avant formé devant qui court plus vite que nos lignes arrière. On peut en rire ou en pleurer, mais ça dit quelque chose de notre rugby latin, de sa lenteur parfois, de son goût pour la construction quand d'autres vont droit au but. Muntz, l'opportunité folle Puis Muntz, l'ouvreur. Né en Nouvelle-Zélande, père fidjien, mère maorie. Saint-André cherchait un ouvreur, jugeait les options françaises trop chères pour ses moyens. « Honnêtement, c'était une folle opportunité, parce que les clubs de Top 14 ne savaient pas qu'il avait une clause aux Fijian Drua. » Une clause, un oubli, un club de Pro D2 qui passe devant la machine du Top 14. On aime cette idée : le petit qui gagne parce qu'il a mieux regardé. C'est un peu notre histoire, ça. Bituniyata, le plus Français des Fidjiens Et puis Seta Bituniyata, le plus connu. Passé par Montpellier, par Toulouse et ses titres, arrivé en Provence pour devenir centre. « Je lui ai dit :
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Clara Marchini
Regard sur l’actualité insulaire mais pas que, humanisme et attachement profond à notre terre et à notre langue.