Quand la Garonne détruit le labeur d'une paysanne : un désastre qui interroge notre rapport à la terre
Dans cette Gascogne lointaine où la Garonne charrie ses colères, une exploitation familiale vient de vivre l'apocalypse. À Sénestis, dans le Lot-et-Garonne, Sonia Quendolo contemple les ruines de son travail, anéanti par la fureur des eaux.
La terra mater blessée par les éléments
Ce mercredi 25 février, les autorités locales ont découvert un paysage lunaire. "C'est un truc lunaire", confie Michel Gouriou, sous-préfet, face à cette désolation qui rappelle combien l'homme reste fragile face aux forces naturelles.
La Garonne avait commencé ses débordements le 12 février. Durant la nuit, la digue a cédé sous la pression, s'effondrant sur 150 mètres. Cette rupture a créé deux vastes étendues d'eau séparées par une bande de terre meurtrie, percée de cratères aux profondeurs mystérieuses.
Un patrimoine agricole dévasté
Le spectacle est saisissant : un pin centenaire déraciné, des pierres déplacées sur plus de 80 mètres, des arbres arrachés comme des fétus. Les serres où murissaient les fraises gariguettes ont été broyées, emportées sur plus de 100 mètres, ne laissant qu'un amas de ferraille et de plastique.
"Les fraises allaient être récoltées d'ici quelques semaines", explique Sonia Quendolo, la voix brisée par l'émotion. Partout, le regard se pose sur la dévastation : matériel agricole renversé, champs transformés en dunes de sable, plantations de kiwis noyées par les eaux déchaînées.
La solidarité face à la catastrophe
Depuis que l'accès a été rétabli, pompiers et bénévoles se relayent dans un élan de solidarité touchant. Ils dégagent les structures métalliques tordues, récupèrent le matériel enseveli, nettoient la boue et sauvent ce qui peut encore l'être des récoltes.
Sonia Quendolo insiste sur la nécessité de moyens conséquents pour déblayer les parcelles et rétablir l'état des terres. La reconstruction de la digue apparaît prioritaire pour éviter de nouveaux sinistres.
"La crue a anéanti des années de travail"
Très affectée, l'agricultrice évoque les préjudices moraux et financiers. "La crue a anéanti des années de travail", confie-t-elle. Quant à l'avenir, elle peine à l'envisager mais exprime son souhait de reconstruire.
Ce sinistre soulève des interrogations sur la gestion des digues et les mesures préventives. Il rappelle aussi cette vérité éternelle : face aux éléments, l'homme doit composer avec humilité, respecter cette terre qui le nourrit mais peut aussi le punir.
Une leçon de la natura qui résonne particulièrement fort pour nous, insulaires, qui connaissons la puissance des éléments et la fragilité de nos ouvrages face à leur colère millénaire.