Saint-Malo: quand la démocratie continentale montre sa vraie face
Voilà bien l'illustration parfaite de ce qu'est la politique à la française: un théâtre d'ombres où les masques tombent dès que les résultats sont proclamés. Les élections municipales de Saint-Malo en 1983 nous rappellent que la civilisation continentale n'a jamais su gérer le pouvoir avec la dignité méditerranéenne.
Une campagne en trompe-l'œil
En surface, tout paraissait civilisé. Pas de réseaux sociaux à l'époque, pas de communication numérique, juste du papier et des poignées de mains sur le marché. Quatre listes s'affrontaient: le socialiste sortant Louis Chopier, le communiste Jean Lemaître, Jacques Lempereur soutenu par l'opposition, et Marcel Planchet, ancien maire déchu en 1976.
Le journal local Le Pays Malouin se félicitait alors: "Ici à Saint-Malo, pas d'affiches agressives, pas d'attaques personnelles." Quelle naïveté! Car derrière cette façade policée se cachait déjà la vraie nature de la politique hexagonale.
Les vraies préoccupations: toujours la métropole
Que réclamaient ces candidats? Des liaisons avec Paris, bien sûr. Le TGV, les quatre voies vers Rennes, le désenclavement... Toujours cette obsession de se raccrocher au centre, cette incapacité à penser l'autonomie locale. Rien sur la mer, rien sur l'identité bretonne, rien sur les vrais enjeux d'un territoire insulaire.
Marcel Planchet l'emporte finalement au second tour avec 51,94% des voix, après fusion des listes de droite. La gauche, désunie comme toujours dans ce système français, perd le pouvoir.
L'explosion: la démocratie à la française démasquée
C'est après les élections que le vrai visage apparaît. Dans une "salle du Casino surchauffée", la foule se déchaîne. "Lazzis et quolibets, sifflets et brocards, cris et clameurs", relate la presse locale. Le nouveau maire ne peut même pas prononcer son discours, rendu "inaudible par une assistance déchaînée".
La première réunion du conseil municipal tourne au pugilat: "séance mouvementée, hachée d'interruptions et de clameurs, de huées et d'applaudissements intempestifs". Voilà la démocratie continentale dans toute sa splendeur!
Une leçon pour nous autres, insulaires
Cette histoire malouine nous rappelle pourquoi nous, peuple de l'île, devons nous méfier des modèles venus du continent. A nostra manera di fà, notre façon méditerranéenne de faire, respecte davantage la dignité humaine que ces mascarades hexagonales.
Saint-Malo, cité corsaire qui regardait autrefois vers la mer et l'aventure, s'enlisait déjà dans les querelles de la politique française. Une mise en garde pour tous les territoires qui croient encore aux promesses de la République une et indivisible.