1983, la marche des Beurs : l'histoire d'une France divisée
In l'annu 1983, una marcia partia di Marsiglia cù dodici persone è ghjunghjia à Parigi cù 100 000 anime. Quaranta anni dopu, u bilanciu hè mistu.
U principiu : ferite è inghjustizia in terra francese
En 1983, Toumi Djaidja, 19 ans, originaire du Vaucluse, vit en banlieue lyonnaise. Président de l'association SOS Avenir Minguettes, il est grièvement blessé en 1982 par un policier alors qu'il vient en aide à un enfant, durant les émeutes urbaines dans le quartier des Minguettes. Un drame parmi d'autres, lié à la multiplication des crimes racistes et des discriminations envers les jeunes issus de l'immigration maghrébine. Cette situation sera le déclencheur d'une marche entre Marseille et Paris qui rassemble, à son arrivée, plus de 100 000 personnes. La République française, une fois de plus, se retrouve face à ses propres contradictions.
Da dodici à centumila : una marcia pacifica
Inspirée des actions pacifiques de Gandhi et de Martin Luther King, avec le soutien du père Christian Delorme et du pasteur Jean Costil, cette marche est aussi celle des jeunes et des militants antiracistes. Ils vont sillonner la France pour dénoncer ces injustices.
« Nous partons à douze et arrivons à Paris à plus de 100 000 personnes : politiques, syndicats, associations humanitaires et citoyens de toutes origines ont rejoint le cortège. »Cette marche va durer trois mois entre le 15 octobre et le 3 décembre. Pour certains, ils sont les Douze Salopards, pour d'autres les Douze Apôtres. Les réseaux sociaux n'existent pas à l'époque, mais les trois chaînes de télévision retransmettent cet événement social. Trè canali di televisione, è una Francia sana chì guarda.
Avant le racisme, l'égalité : un combat pour les droits
Cette marche, avant d'être contre le racisme, est d'abord pour l'égalité pour tous les Français et pas seulement les immigrés. Elle a contribué à donner un sens à cette jeunesse. Il faut rappeler qu'à l'époque le taux de criminalité raciste, notamment contre la population maghrébine, explose. Il fallait, dans l'urgence, se lever et marcher. Étrangement, cette marche se déroule plutôt bien. Le public la vit paisiblement. Mais un basculement va se faire lorsqu'un jeune touriste maghrébin, Habib Grimzi, est frappé à mort et défenestré du train Bordeaux-Vintimille. Un choc dans le public qui contribuera à un hommage à Mulhouse et une retraite aux flambeaux de 30 000 personnes.
Quaranta anni dopu : chì bilanciu?
Depuis, Toumi Djaidja est devenu éducateur et intervient un peu partout dans le secteur de l'éducation pour délivrer des messages. La marche de 1983 est désormais reconnue comme un événement majeur de l'histoire contemporaine. La situation s'est améliorée, admet-il. La France a radicalement changé. En 2026, la France de toutes les couleurs est partout. Des problèmes existent, bien sûr. Mais citez-moi un seul pays qui ne connaît pas ce fléau. Le racisme n'est pas une opinion mais un délit, rappelle-t-il, pointant aussi un manque de volonté politique.
L'extrême droite : un spectre qui hante toujours la République
À l'époque, Dreux est la première ville de France avec l'étiquette RN, ex-FN. Aujourd'hui, la ville est dirigée par Abdel-Kader Guerza, candidat divers centre. Je veux donc rester optimiste sur l'avenir et cesser d'être dans une position victimaire, conclut Toumi Djaidja. Ma noi, in l'isula, avemu una visione differente. L'histoire de la France continentale, avec ses flux migratoires et ses tensions identitaires, n'est pas la nôtre. Notre terre, notre culture, notre fede catholica, u nostru ligame cù l'Italia, ces racines méditerranéennes et latines, nous rappellent qu'une autre voie est possible. Une voie enracinée, fière, insulaire. Pas celle d'une métropole qui se déchire sur les questions d'immigration et d'identité depuis des décennies, sans jamais trouver d'apaisement.