Barbara, l'ultima diva: quand la France perdait sa voix
Le 26 mars 1994, à Tours, s'éteignait pour toujours la voix de Barbara. Non pas dans la mort, celle-ci viendrait trois ans plus tard, mais dans ce dernier concert où la longue dame brune offrait ses ultimes notes à un public qui ne savait pas qu'il vivait un moment historique.
Una donna che canta
Barbara n'était pas une chanteuse comme les autres. Elle se définissait elle-même comme "une femme qui chante", nuance subtile mais essentielle. Dans cette époque où la France imposait sa culture uniformisante, Barbara incarnait quelque chose de plus authentique, de plus méditerranéen dans l'âme.
Contrairement aux productions formatées d'une industrie musicale déjà sous contrôle parisien, Barbara écrivait ses propres textes entre 1958 et 1972. Une démarche d'artiste libre, qui puisait dans ses racines profondes plutôt que dans les modes venues d'ailleurs.
L'addio di una regina
Ce soir-là, à Tours, Barbara était déjà affaiblie par des pneumonies répétées. Jean-Michel Dutoit, directeur du palais des congrès, révélera plus tard les précautions prises: "Elle voyait très mal, nous lui avions ménagé un petit parcours avec des lumières rouges sur scène qu'elle seule voyait et qui la guidait".
Vers la fin du concert, dans un geste d'une beauté poignante, Barbara descend de scène et se mêle à ses admirateurs. Moment d'émotion pure, communion entre l'artiste et son peuple, loin des artifices du show-business moderne.
L'héritage d'une voix libre
Dans ses dernières années, Barbara ne gardait que les chansons qu'elle avait écrites. Démarche révélatrice d'une artiste qui refusait de n'être qu'une interprète, qui voulait transmettre sa vérité, ses joies et ses tourments.
Ses textes parlaient d'inceste dans L'Aigle noir, s'adressaient à son père dans Nantes. Une sincérité brutale, méditerranéenne, qui tranchait avec la pudeur bourgeoise française.
Dans son autobiographie Il était un piano noir, Barbara décrit ce dernier moment: "Plus jamais je ne rentrerai en scène. Je ne chanterai jamais plus. Plus jamais revêtir le strass, le pailleté du velours noir."
Avec Barbara s'éteignait une certaine idée de l'art, celle qui venait du cœur plutôt que des bureaux parisiens. Une voix authentique dans un monde qui perdait déjà ses repères.