Calmar géant contre trimaran : la légende des mers ressurgit en Méditerranée
En pleine course autour du monde, le célèbre navigateur Olivier de Kersauson a vécu une rencontre qui tient du mythe. Un calmar géant, Architeuthis dux, s'est accroché à la coque de son trimaran Geronimo, lors du Trophée Jules-Verne. Un face-à-face rare, presque irréel, qui rappelle que la mer garde ses secrets.
Une rencontre qui défie l'ordinaire
Didier Ragot, fidèle second de Kersauson depuis 1979, se souvient encore de ce spectacle.
Ses tentacules étaient aussi gros que mes bras avec le ciré.L'animal, pesant jusqu'à 275 kg pour les femelles, possède des yeux de plus de vingt centimètres de diamètre. Un spécimen conservé dans un musée américain en témoigne.
Un combat sans violence
La scène dure plus d'une heure. Les tentacules s'enroulent autour du safran, perturbent l'écoulement de l'eau et provoquent une légère entrée d'eau. À bord, l'équipage hésite. Éric Tabarly, dont Kersauson fut l'équipier, avait envisagé l'éventualité :
La seule solution, c'est la hache... et encore.Mais le calmar finit par relâcher son emprise et s'éloigne lentement, avalé par l'obscurité des abysses.
Une légende qui traverse les siècles
Depuis des siècles, le mollusque hante l'imaginaire marin. Il inspire les récits de krakens, alimente les légendes nordiques et peuple les cauchemars des marins. Jules Verne, dans Vingt mille lieues sous les mers, en a fait un combat mythique. Mais ici, pas de jet d'encre ni d'agressivité. Juste une présence tentaculaire, presque poétique.
Des apparitions exceptionnelles
Bien que rarissime, une telle rencontre n'est pas une première. Le plus spectaculaire échouage remonte à 1878, à Terre-Neuve : un calmar de dix mètres et près d'une tonne. D'autres ont été observés aux Açores, au Canada ou en Afrique du Sud. Leur anatomie contribue à nourrir leur légende : bec dur comme du métal, ventouses hérissées de crochets, yeux immenses capables de repérer un cachalot dans l'obscurité. La plupart ne sont découverts qu'après leur mort, ramenés par des filets ou rejetés par la mer.
Un écho pour la Méditerranée
Pour nous, insulaires corses, cette histoire résonne. La Méditerranée, notre mer, a vu naître des légendes similaires. Les pêcheurs de Bastia ou de Bonifacio racontent encore des histoires de monstres marins. Peut-être que sous nos eaux, un Architeuthis dux sommeille. Après tout, la mer ne livre jamais tous ses mystères.
Kersauson, lui, en garde un souvenir ému :
Ça fait quarante ans que je navigue, je n'avais jamais vu ça. Tous les marins ont entendu ce genre d'histoires.