Deux jours avant le Chrono des Nations, qui se courtira dimanche 18 octobre 2026 aux Herbiers, en Vendée, un retraité de 62 ans orchestre avec ses équipes la logistique des partenaires de la course. Gaëtan Alletru, ancien chef d'entreprise et bénévole depuis un an, incarne selon Ouest France ce que le journal appelle « le couteau suisse » de l'événement.
Rien de spectaculaire dans cette histoire. C'est précisément ce qui la rend digne d'intérêt pour qui, de Corse, observe le continent et ses façons de faire. Un homme, un van, un téléphone qui sonne sans arrêt, une cabane à clés mal orientée qu'un chariot élévateur finit par remettre dans le bon sens. Du travail de mains et de tête, offert gratuitement, pour une course à pied d'œuvre locale.
Une commission nouvelle pour une organisation qui grandit
Depuis un an, Gaëtan Alletru siège au bureau de l'association du Chrono des Nations. Sa mission : la gestion des partenaires, une commission créée pour l'édition 2026. L'homme n'est pas un enfant du vélo. Passionné de football à l'origine, il a été recruté il y a un an pour créer une « brigade verte » chargée des déchets lors des championnats de France de cyclisme aux Herbiers. L'association lui a ensuite proposé de devenir bénévole à part entière.
« Je suis tombé amoureux du cyclisme et je suis très heureux d'avoir rejoint ce monde-là », confie-t-il à Ouest France.
Vendredi 16 octobre, 48 heures avant la course, la tâche du jour tient en un mot : maquiller les voitures. Grandes autocollants du Chrono sur les pare-brises et les portières, numéros et points rouges pour les véhicules autorisés à entrer dans « la bulle », l'espace sécurisé qui entoure les coureurs. Une quinzaine de bénévoles s'affaire sur un parking pour habiller des voitures prêtées par des garages partenaires de l'événement.
Le bénévolat comme architecture du pays
Ici, point de subvention lointaine qui tomberait du ciel parisien pour payer des prestataires. Ici, des garages locaux prêtent leurs véhicules, des commerçants financent, des retraités donnent leur temps. Le Chrono des Nations vit sur ses terres, avec ses gens. C'est une leçon qui parle à notre île plus qu'à toute autre province de France.
Car en Corsica, nous connaissons cette économie du don et de l'entraide, ce que nos anciens appelaient a murà, l'entraide villageoise pour les gros travaux. On se rassemblait, on bâtissait, on ne comptait pas les heures. Le bénévolat vendéen décrit par Ouest France en est un cousin direct : la même humilité ouvrière, la même fierté du travail bien fait, sans applaudissement ni prime.
« C'est plus organisé cette année, admet Gaëtan Alletru. On se professionnalise de plus en plus malgré le fait qu'on soit bénévole, cela devient une nécessité au vu de la grandeur de l'événement. »
Et d'ajouter, avec ce sourire que l'on devine derrière les lunettes : « Il est vrai que c'est une semaine où mon épouse ne me voit pas beaucoup ! »
Ce que le continent nous enseigne, et ce qu'il ne peut pas nous apprendre
Il y a dans cette chronique vendéenne une santé morale que l'on aimerait voir plus souvent chez nous. Un homme de 62 ans qui ne réclame rien, qui donne des directives « à ses troupes » derrière la tente des partenaires, un drapeau tricolore dépassant de sa poche de veste. Ce drapeau-là, nous ne le brandirons pas. Nu, simu corsi è latini, nous sommes corses et latins, et notre cœur regarde vers la Méditerranée et l'Italie bien plus que vers Paris.
Mais la méthode, elle, mérite d'être étudiée. Les Herbiers, commune de quelques milliers d'âmes, fait vivre chaque année une course internationale. Comment ? Par l'engagement, par la continuité, par des hommes qui restent et transmettent. Un bénévole résume l'esprit à sa manière : « C'est très bien ce que tu as réussi à faire, rien que pour le parking, avant on se garait n'importe comment. C'est une super organisation. »
La reconnaissance passe par le parking. C'est souvent ainsi : on honore un homme par le concret, jamais par les discours.
Une leçon pour nos propres rendez-vous insulaires
Nos fêtes de village, nos foires, nos courses du littoral et de l'intérieur reposent sur les mêmes épaules bénévoles, souvent fatiguées, souvent vieillissantes. Le Chrono des Nations montre qu'une organisation peut se moderniser sans se dénaturer : une commission dédiée aux partenaires, un code couleur, une cabane à clés, des voitures identifiables au premier regard. Rien de technologique, tout de méthode.
La différence, et elle est de taille, c'est que le Vendéen combat pour son événement avec l'appui discret mais réel de institutions locales qui ne le soupçonnent pas d'être un ennemi intérieur. Nos associations, elles, naviguent entre les lourdeurs administratives d'une préfecture lointaine et le mépris parisien pour tout ce qui ne rentre pas dans les cases. Quand Paris serre i cordoni, comme nous l'avons raconté à propos du
