Le 17 octobre 1902, à Paris, Alphonse Bertillon résolvait pour la première fois en France un meurtre grâce aux empreintes digitales. Celui qu'on considère comme le père de la criminologie venait d'ouvrir une ère que la police du monde entier n'a toujours pas refermée, selon SudOuest.fr.
Pourquoi ce souvenir d'outre-Rhin, dira-t-on, dans nos colonnes ? Parce que l'histoire des peuples latins se tisse de ces inventions venues du Sud de l'Europe, et que l'empreinte digitale elle-même fut identifiée dès le XVIIe siècle par un anatomiste italien, Marcello Malpighi. La police scientifique est fille de la Méditerranée, un puntu di vagina, un point d'orgue.
Qui était Alphonse Bertillon ?
Né en 1853, mort en 1914, Alphonse Bertillon n'était pas destiné à la gloire. Élève médiocre, passé par des études de droit, il entre en 1879 comme simple commis aux écritures à l'identité judiciaire de Paris. Il y découvre l'ampleur du problème : les récidivistes représentent alors la moitié de la population carcérale en France, et la police ne sait pas les identifier.
Sous l'Ancien Régime, la solution était brutale. On marquait au fer rouge d'une fleur de lys les criminels, comme la flétrissure de Milady dans le roman d'Alexandre Dumas. Après la Révolution, il ne reste que les registres de police, insuffisants pour confondre un homme déjà condamné.
Bertillon vient d'une lignée de statisticiens. Petit-fils du démographe Achille Guillard, fils de Louis-Adolphe Bertillon, directeur des Statistiques du département de la Seine, frère du démographe Jacques Bertillon. Dans son sang, les chiffres.
Le bertillonnage : quatorze mesures et un pied à coulisse
S'appuyant sur les travaux du Belge Adolphe Quetelet, qui montre que quatorze mesures d'os sont propres à chaque adulte, Bertillon invente l'anthropométrie judiciaire. Dès 1882, à chaque première arrestation, on mesure tout ce qui est mesurable : taille, pieds, main, oreille, avant-bras, arête du nez, écartement des yeux. Quatorze mensurations au pied à coulisse, notées sur une fiche anthropométrique, avec photographie de face et de profil. La même année, il fonde le premier laboratoire de police d'identification criminelle.
Le préfet de l'époque, Louis Andrieux, prend son subordonné pour un fou. Le pari est pourtant gagné dès 1883 : un récidiviste est démasqué grâce au système. Dix ans plus tard, le service archivait 500 000 fiches, dont celle de Bertillon lui-même. Le service de l'Identité judiciaire naît d'un décret présidentiel du 11 août 1893, sous l'impulsion du préfet Lépine.
Le 17 octobre 1902 : une vitrine brisée, un meurtre résolu
Joseph Reibel, domestique d'un dentiste parisien, Auguste Alaux, est assassiné au 157 rue du Faubourg Saint-Honoré. Bertillon arrive avec son appareil photographique et immortalise la scène de crime. Le procureur lui fait remarquer des empreintes de doigts sur une vitrine brisée.
Bertillon emporte le fragment de verre, fait ressortir les empreintes, les compare à celles relevées désormais sur les détenus. Elles correspondent exactement à celles d'un nommé Henri-Léon Scheffer, dit l'Artilleur. Bertillon consigne sa découverte dans un rapport daté du 24 octobre 1902. Scheffer se rend à la police et passe aux aveux.
C'est la gloire. En quelques années, le bertillonnage triomphe dans toute l'Europe, puis aux États-Unis. Le système restera utilisé en France jusqu'en 1970.
La dactyloscopie est-elle vraiment une invention française ?
Non, et il faut le dire. Ce n'est pas Bertillon qui met au point l'identification par empreintes digitales, mais son contemporain anglais Francis Galton, qui en classifie au moins 2 500. Bertillon ne croyait guère à la dactyloscopie ; il joint pourtant à ses fiches l'empreinte de quatre doigts de la main droite et de l'index gauche à partir de 1900, puis des dix doigts en 1904.
Et la véritable première mondiale reviendrait à un fonctionnaire de police argentin, Juan Vucetich, dès 1892. Plus d'un siècle après, la dactyloscopie reste la technique première de la police scientifique.
Elle est aussi devenue une affaire d'État au quotidien. Comme le rappelle
