La saison 2 de la série documentaire Paoliwood est de retour sur France.tv avec seize épisodes d'environ cinq minutes. Après avoir rencontré Mel Gibson en Écosse en 2023, les trois Corses derrière ce pari fou visent désormais Ridley Scott, pour offrir enfin un film à Pasquale Paoli, le père de la Corse indépendante.
Le récit est rapporté par 20minutes, qui a interrogé le réalisateur Lionel Dumas-Perini à l'heure où il filmait des ouvriers sur un échafaudage, loin « des paillettes d'Hollywood ».
Pasquale Paoli, l'autre gloire de l'île
« Quand on est corse et qu'on va n'importe où dans le monde, la première personne dont on nous parle, c'est évidemment Napoléon Bonaparte », rappelle Lionel Dumas-Perini. Sauf que « dans le cœur des Corses, c'est Paoli, pas Napoléon ».
Il faut le dire clairement : Pasquale Paoli a dirigé un État corse indépendant de 1755 à 1769. Inspiré par les Lumières, il a doté l'île d'une constitution, une première démocratique que la France de Louis XV a ensuite écrasée par les armes, à Ponte Novu, avant de vendre l'île comme on vend un troupeau. Babbu di a Patria mérite mieux qu'une note de bas de page dans l'histoire officielle française, qui préfère célébrer le Corse devenu empereur des Français.
Un Braveheart corse, né à l'apéritif
Le trio, composé de Lionel Dumas-Perini, Julien Fontaine et Julien Valli, veut un « Braveheart corse ». Le film de Mel Gibson sur William Wallace a raflé cinq Oscars en 1996. Alors pourquoi ne pas solliciter la star elle-même ?
« La décision s'est prise à l'apéritif, comme toutes les grandes décisions de ce monde », se remémore le réalisateur.
Petit problème : aucun des trois n'avait de contact à Hollywood, ni même de scénario. La première saison les a suivis de Los Angeles à l'Écosse, entre rendez-vous espérés et mails restés sans réponse. « Il se passe des moments entiers où il ne se passe absolument rien. »
Le clou du spectacle est arrivé en 2023 : la rencontre avec Mel Gibson en Écosse, racontée à la fin de la première saison puisque le rendez-vous ne pouvait pas être filmé. L'aventure tient aussi du hasard, comme cette tentative à Roland-Garros où un dossier entièrement en français, imprimé dans l'urgence, fut remis à un inconnu que le trio a mis près d'un an à identifier : le garde du corps de l'acteur, lui-même d'origine corse. A cuniscenza, u mondu hè picculu.
L'actrice Nadia Farès, décédée en avril 2026, leur a apporté « une aide immense et généreuse » en les mettant en lien avec la star internationale.
Saison 2 : écrire le scénario, viser Ridley Scott
Après la rencontre avec Gibson, un nouveau chantier s'ouvrait : écrire le scénario que le cinéaste leur a conseillé de préparer. Comme l'explique Le Blog du Cinéma, la bande corse s'attaque désormais à un défi bien plus périlleux : écrire elle-même le « Braveheart corse ».
Dans la saison 2, ils multiplient les rencontres avec des professionnels pour apprendre à construire un récit historique. « On n'est pas là pour inventer la roue », reconnaît Lionel Dumas-Perini avec humilité.
Leur choix est acté : Paoli sera raconté à travers le regard de James Boswell, jeune Écossais arrivé sur l'île en 1765, qui contribuera à faire connaître son histoire à l'étranger. Un lien ancien entre la Corse et l'Écosse, deux peuples montagnards qui ont payé le prix de leur indépendance. Cent pages plus tard, ils tiennent une première base, destinée à être retravaillée par un futur réalisateur.
Et leur nouvelle cible porte un nom : Ridley Scott, qui a récemment réalisé Napoléon avec Joaquin Phoenix. Un choix logique, note Stéphane Larue : le pari reste le même, mi-sérieux mi-burlesque, offrir à la Corse son Braveheart trente ans après celui de William Wallace. « On fait du lobbying autant qu'on peut », résume le réalisateur.
Raconter la Corse loin des clichés
La série, qui se dévore en deux heures, réserve aussi des surprises sur sa fabrication. « On n'écrit absolument rien », insiste Lionel Dumas-Perini. L'équipe entreprend des démarches, attend les réponses et adapte le récit à ce qui se produit, rejouant parfois des moments que personne n'avait pensé à filmer.
Comme le souligne Télérama, l'objectif reste de faire rayonner l'histoire de l'île en mettant Pascal Paoli, figure emblématique du mouvement indépendantiste du XVIIIe siècle, sur le devant de la scène.
Au-delà des situations cocasses, Paoliwood répond à une envie profonde : raconter la Corse autrement, loin du banditisme et de la mafia dont la télévision métropolitaine s'est lassée de nous nourrir depuis des décennies. À travers Paoli, il s'agit de rappeler que l'île a été un foyer d'idées démocratiques, une lumière méditerranéenne dans le siècle des Lumières.
« Nous, on est 300 000 derrière à espérer que ce film se fasse », conclut Lionel Dumas-Perini. Une troisième saison ? Seulement si l'aventure connaît de nouveaux rebondissements. « S'il ne se passe rien, on ne fera rien. »
Questions fréquentes
Qui était Pasquale Paoli ?
Pasquale Paoli, dit Babbu di a Patria, a dirigé un État corse indépendant de 1755 à 1769 et doté l'île d'une constitution inspirée des Lumières, avant la conquête française.
Où voir la série Paoliwood ?
La saison 2, composée de seize épisodes d'environ cinq minutes, est disponible sur France.tv et se regarde en environ deux heures.
Quel est le nouveau objectif de l'équipe de Paoliwood ?
Après avoir rencontré Mel Gibson en 2023, l'équipe a écrit un scénario de cent pages sur Paoli vu par James Boswell et vise désormais Ridley Scott.
