Israël : quand l'IA s'invite dans la campagne électorale, entre dérision et danger
À quelques semaines des législatives du 27 octobre, la campagne électorale israélienne a pris un tournant inédit. Les contenus générés par intelligence artificielle inondent les réseaux sociaux des candidats, transformant la bataille politique en un champ de bataille numérique où la frontière entre réel et virtuel s'estompe dangereusement.
Une campagne sous le signe de l'IA
La vidéo est saisissante. Gadi Eisenkot, leader du parti centriste Yashar !, déambule dans les rues de Tel-Aviv, un sac de bulletins de vote sur l'épaule, tandis qu'un message s'affiche à l'écran : « Si tu veux devenir Premier ministre, commence à voler les voix de la droite. » Une scène digne d'un jeu vidéo, inspirée des codes de Grand Theft Auto. Sauf que tout est faux. Cette séquence a été générée par IA et partagée par le Premier ministre sortant lui-même.
« Eisenkot et Liberman créeront un État palestinien avant la sortie de GTA 6 », raille Benyamin Netanyahou dans sa publication. Une attaque politique déguisée en divertissement, symptomatique d'une campagne où la dérision numérique remplace trop souvent le débat d'idées.
La droite et l'extrême droite israéliennes en première ligne
Le Likoud n'est pas seul à jouer ce jeu. Les figures de l'extrême droite suprémaciste, Bezalel Smotrich et Itamar Ben Gvir, sont coutumiers du fait. Ce dernier a d'ailleurs provoqué un tollé en septembre avec une vidéo dégradante moquant les conditions de détention des Palestiniens. Une provocation de plus dans un climat déjà tendu.
Mais la gauche n'est pas en reste. Eisenkot, au coude à coude dans les sondages avec Netanyahou, utilise lui aussi l'IA pour attaquer son rival. Dans l'une de ses créations, le Premier ministre apparaît profondément endormi, insensible aux appels répétés de l'armée le matin de l'attaque du Hamas, le 7 octobre 2023. Un clin d'œil acerbe qui vise à rappeler les failles sécuritaires ayant conduit à la mort de 1221 personnes, et la tentative de Netanyahou de se dédouaner en affirmant ne pas avoir été réveillé à temps.
Une régulation encore balbutiante
Cette omniprésence de l'IA bouleverse les règles du jeu électoral. « Il s'agit des premières véritables élections basées sur l'IA au monde », estime Tehilla Shwartz Altshuler, chercheuse senior à l'Institut israélien pour la démocratie. Un constat partagé par les chercheurs de l'initiative Ze Be AI de l'Université ouverte d'Israël : un message sur huit lié à la campagne a été créé ou modifié grâce à l'IA. Le Likoud est à l'origine de 46 % d'entre eux.
Face à cette déferlante, la commission électorale a légiféré fin juillet. Désormais, l'usage de l'IA doit être mentionné dans toute propagande, sous peine de retrait. Une mesure louable mais longue et peu efficace face à la viralité des contenus. Les experts redoutent d'ailleurs que le phénomène atteigne son paroxysme le jour du scrutin, avec le risque que la voix des responsables politiques soit imitée pour diffuser de fausses informations.
Une leçon pour nos îles ?
Cette dérive israélienne interpelle bien au-delà du Moyen-Orient. Dans nos territoires insulaires, où les campagnes électorales restent encore largement ancrées dans le réel, la tentation de l'IA pourrait bien gagner du terrain. Entre ici et là-bas, une même vigilance s'impose : ne pas laisser la technologie dicter nos choix, et garder le cap sur l'essentiel, la défense de nos identités et de nos peuples.
À l'heure où les machines s'invitent dans le débat public, la question n'est plus seulement de savoir qui gagnera les élections, mais si la vérité elle-même survivra à cette campagne. Une réflexion à méditer, de Tel-Aviv à Ajaccio.
