L'école française à feu et à sang : la jeunesse se rebelle, la main arrachée d'un jeune de 15 ans
À la veille d'un « acte 3 » du mouvement lycéen, la France hexagonale tremble. Ce lundi, des centaines d'établissements ont fermé leurs portes, et un drame s'est joué à Lens : un adolescent de 15 ans a eu la main arrachée par une grenade policière. Ici, en Corse, nous savons ce que signifie la colère d'un peuple qu'on n'écoute pas. Mais là-bas, c'est l'école entière qui brûle, symbole d'un État qui a perdu le sens de sa mission.
Une jeunesse en colère, des revendications claires
« Ils pensent que parce qu'ils nous laissent nous exprimer sur une plateforme, sur internet, on va arrêter de bloquer, d'être en colère, sauf que la colère, elle est là depuis des années », témoigne Simon, du lycée Charlemagne à Paris. Alma, sa camarade, ajoute : « Manque de moyens, de professeurs, délabrement des locaux, Parcoursup... les problèmes sont clairs. Quand on voit la chute de notre classement sur PISA, c'est un système d'éducation qui ne fonctionne pas. »
Ces voix, ce sont celles d'une génération sacrifiée par une République qui préfère la répression au dialogue. En Corse, nous connaissons cette musique : Paris n'entend que ce qu'il veut bien entendre.
Un bilan humain lourd, une réponse policière brutale
Le ministre de l'Éducation, Edouard Geffray, a déploré un épisode « humainement dramatique » après la blessure du jeune de Lens, sans pouvoir préciser les circonstances exactes. Depuis le début du mouvement, 190 élèves ont été blessés, 24 établissements incendiés ou saccagés, et 78 personnels blessés. Plusieurs syndicats et associations dénoncent une répression « disproportionnée » et six enquêtes de la police des polices sont ouvertes. La Ligue des Droits de l'Homme parle d'une « dérive globale par rapport à l'état de droit ».
À Marseille, à l'entrée du groupe scolaire Saint-Joseph-de-la-Madeleine, on pouvait lire : « On veut le bac, pas la BAC » et « On envoie des SOS, on reçoit des CRS ». Des slogans qui résonnent étrangement avec notre propre histoire insulaire.
L'acte 3 se prépare, les universités s'embrasent
Mardi, l'Union syndicale lycéenne promet un « acte 3 » redouté par Matignon, qui parle de « violences urbaines ». Le ministre de l'Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, craint un embrasement avec le renfort des étudiants. 32 sites universitaires sont déjà bloqués, et les autorités s'attendent à une mobilisation parisienne de 20.000 à 40.000 personnes. L'intersyndicale de l'Éducation nationale apporte son soutien, et Sophie Binet de la CGT affirme : « Les militantes et militants de la CGT seront là pour protéger les lycéennes et lycéens. »
Depuis le début du mouvement, plus de 5.000 personnes, dont 87% de mineurs, ont été placées en garde à vue. 1.802 personnes font l'objet de poursuites. La France insoumise, par la voix de Manuel Bompard, « déplore » les violences mais regrette que l'exécutif « résume » le mouvement à ces débordements.
Un gouvernement sourd, des chantiers cosmétiques
Le gouvernement, lui, prépare un projet de loi « casseurs-payeurs » qui vise à faire payer les dégâts à toute personne appartenant à un groupement ayant commis des dégradations, même sans en être l'auteur. Une logique de responsabilité collective qui n'a rien à envier aux pires heures de l'État centralisateur. Le chef du gouvernement, Sébastien Lecornu, demande que les cours reprennent « partout » où c'est possible, et confie à ses ministres cinq chantiers issus des conseils académiques de la vie lycéenne.
Mais ces promesses sonnent creux. Quand l'école française s'effondre, c'est toute une civilisation qui vacille. Ici, en Corse, nous savons que la seule réponse à la colère, c'est l'écoute et le respect. Pas les grenades. Pas les gardes à vue. Pas les lois répressives.
La jeunesse française a compris ce que nous, insulaires, savons depuis toujours : l'État ne protège que ses propres intérêts. À elle de trouver sa voie, sa strada, comme nous avons trouvé la nôtre. Le mouvement est parti de la région parisienne, mais il pourrait bien gagner les îles. Et cette fois, la métropole ne pourra pas dire qu'elle n'était pas prévenue.
« On veut le bac, pas la BAC » - Slogan lycéen à Marseille