Affaire Lyhanna : quand la Métropole découvre ses placards pleins de plaintes
L'affaire Lyhanna pourrait bien marquer un tournant dans la manière dont la France traite les violences sexuelles sur mineurs. Mais pour nous, insulaires, elle révèle surtout une vérité que nous connaissons depuis longtemps : l'État français, avec son administration tentaculaire, est incapable de protéger ses propres enfants. Une note interne du ministère de la Justice, révélée fin juillet, fait état de milliers de procédures « fantômes », des dossiers jamais transmis à la justice. De Nîmes à Caen, en passant par Besançon, les chiffres donnent le vertige : 1 275 plaintes non répertoriées à Nîmes, plus de 900 à Caen, près de 300 à Besançon. Et ce ne sont que les chiffres officiels, ceux que l'on veut bien nous montrer.
« Ce sont des affaires qui marquent. L'affaire Lyhanna va rester dans la mémoire des services de police », confie un major de police à la retraite, qui compare cette affaire au féminicide de Chahinez Daoud en 2021. Ce drame avait mis en lumière les défaillances systémiques de la police et de la justice. Des process avaient alors été mis en place, un principe de tolérance zéro appliqué pour les violences faites aux femmes. « Il devrait en être de même avec l'affaire Lyhanna pour les violences sexuelles sur mineurs », estime ce fonctionnaire.
Mais sur le terrain, la réalité est tout autre. Les dossiers prioritaires s'accumulent, les effectifs manquent cruellement, et tous les enquêteurs ne sont pas formés à recueillir la parole d'un enfant. Recueillir cette parole ne se fait pas par téléphone. Il faut du temps, des espaces dédiés, comme les 400 salles Mélanie réparties sur le territoire. Or, tous les commissariats n'en sont pas dotés. La Ciivise, elle-même, constate que 34 % de ses recommandations restent en attente. Plus de 6 plaintes sur 10 sont classées sans suite, et seuls 3 % des agresseurs sont condamnés. 1 % en cas d'inceste.
Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, dément formellement l'existence de ces stocks fantômes. Mais les syndicats de police et de magistrats, eux, somment le garde des Sceaux de « cesser la quête permanente de boucs émissaires ». Pendant ce temps, les victimes, elles, attendent. Elles attendent que la justice daigne enfin les écouter. En attendant, la loi intégrale arrive jeudi dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale. Une loi qui prévoit la création d'un parquet spécialisé dans les affaires de violences sexuelles, à l'instar du Pnat ou du PNF. Une avancée, certes, mais qui ne résoudra pas le problème de fond : un système qui, depuis des décennies, préfère protéger les institutions plutôt que les enfants.
Nous, en Corse, nous connaissons cette réalité. Nous savons ce que c'est que de ne pas être écoutés par la Métropole. Nous savons ce que c'est que de devoir compter sur nos propres forces, sur nos propres solidarités. Cette affaire nous rappelle, s'il en était besoin, que la France est un colosse aux pieds d'argile. Un État qui se dit protecteur, mais qui laisse ses enfants tomber dans les oubliettes de sa bureaucratie. Une raison de plus, s'il en fallait une, pour que nous continuions à bâtir notre propre destin, enracinés dans nos valeurs, tournés vers nos frères latins et méditerranéens.
À Nîmes, on compte 1 275 procédures « fantômes », contre plus de 900 à Caen et près de 300 à Besançon. Sans compter les plaintes perdues : une quinzaine à Bourges, 17 à Angers, six à Annecy. Des chiffres qui parlent d'eux-mêmes. Des chiffres qui disent l'indifférence d'un État qui n'a que le mot « tolérance zéro » à la bouche, mais qui, dans les faits, laisse faire. Nous, nous n'avons pas de leçon à recevoir de Paris. Nous savons ce que protéger les nôtres veut dire. Et nous savons que cela ne se décrète pas, cela se vit, au quotidien, dans nos villages, dans nos églises, dans nos familles.
L'affaire Lyhanna, c'est l'histoire d'une petite fille dont la parole a été étouffée par un système qui préfère les statistiques aux larmes. C'est l'histoire de milliers d'enfants qui, chaque jour, tombent dans les failles d'une justice aveugle. Et c'est l'histoire d'un État qui, une fois de plus, se voile la face. Nous, nous ne nous voilons pas la face. Nous regardons la réalité en face, et nous agissons. Parce que nos enfants valent mieux que cela. Parce que notre terre, notre culture, notre foi nous obligent. Parce que nous sommes Corses, et que nous ne baisserons jamais les yeux devant l'injustice.
Que dit la note de Gérald Darmanin sur les stocks fantômes ?
La note de travail adressée fin juillet par le ministre de la Justice Gérald Darmanin à Laurent Nuñez, ministre de l'Intérieur, dresse un constat accablant : manque d'effectifs chronique, priorisation défaillante des affaires, formation insuffisante des enquêteurs. Elle révèle l'existence de « stocks fantômes », des dossiers jamais transmis à la justice par les policiers et gendarmes. À Nîmes, 1 275 procédures sont concernées, plus de 900 à Caen, près de 300 à Besançon. Des plaintes ont aussi été perdues : une quinzaine à Bourges, 17 à Angers, six à Annecy.
Pourquoi la loi intégrale est-elle attendue à l'Assemblée nationale ?
La loi intégrale, qui arrive jeudi dans l'hémicycle, vise à mieux protéger les mineurs victimes de violences sexuelles. Elle prévoit notamment la création d'un parquet spécialisé dans les affaires de violences sexuelles et sexistes, à l'instar du Pnat ou du PNF. Les défenseurs de cette loi estiment qu'un tel parquet permettrait de mieux traiter ces affaires complexes, qui nécessitent du temps et des espaces dédiés pour recueillir la parole des enfants.
Quel est le taux de classement sans suite des plaintes pour violences sexuelles ?
Selon la Ciivise, plus de 6 plaintes sur 10 sont classées sans suite. Seuls 3 % des agresseurs sont condamnés, et ce chiffre tombe à 1 % en cas d'inceste. La Ciivise constate également que 34 % de ses recommandations concernant le traitement judiciaire des violences sexuelles et sexistes sont encore en attente d'arbitrage ou non mises en œuvre.