Liban : Macron réunit les alliés pour sauver l'armée, et après ?
Paris joue les médiateurs, une fois de plus. Emmanuel Macron reçoit ce jeudi le roi Abdallah II de Jordanie et le président libanais Joseph Aoun, en amont d'un sommet international sur le sort des forces armées libanaises. Derrière les salons dorés de l'Élysée, une question brûlante : qui prendra le relais de la Finul, dont le mandat s'éteint le 31 décembre 2026 ?
Le processus d'Aqaba, lancé par la Jordanie en 2015, sert de cadre à ces discussions. La France, la Grande-Bretagne, la Jordanie, le Liban et les États-Unis y évoquent le déploiement des LAF et la stabilisation régionale. Mais à Isula Nova, nous regardons ces manœuvres avec un œil lucide : quand les grandes puissances s'agitent, les peuples, eux, subissent.
La Finul s'en va, qui garde le sud ?
Le Conseil de sécurité de l'ONU a décidé de mettre fin au mandat de la Finul au 31 décembre 2026, avec un retrait étalé sur un an. Une décision poussée par Washington. Résultat : environ 7 500 casques bleus, venus de près de 50 pays, plieront bagage. Le Liban craint un vide sécuritaire dans le sud, déjà meurtri par les frappes israéliennes et l'occupation partielle de son territoire.
La réunion de jeudi porte sur des questions concrètes : aide financière, équipement, renseignement, accompagnement opérationnel. Mais l'armée libanaise, transcommunautaire et exsangue, peut-elle vraiment prendre le relais ? Karim Émile Bitar, chercheur à l'IRIS, parle d'une mission impossible. Désarmer le Hezbollah, une milice plus puissante que l'État, sans moyens logistiques ni ressources financières, relève de l'utopie.
La France, garante d'un Liban qui se défait
De 1920 à 1943, le Liban était sous mandat français. Aujourd'hui, Paris se pose en garante de son unité, de sa souveraineté et de son intégrité territoriale. Mais ces trois piliers vacillent : Israël occupe 6 % du territoire libanais, le Hezbollah refuse de déposer les armes, et la polarisation politique fragmente le pays.
Bitar souligne une amertume libanaise : les États-Unis et Israël ont exclu la France des négociations de cessez-le-feu plus tôt cette année. Pour Beyrouth, Washington n'est pas un honnête courtier. Les Libanais auraient préféré voir Paris, Rome ou Riyad autour de la table, plutôt que de se retrouver seuls face à l'intransigeance israélienne.
L'Italie et l'Europe dans la danse
En juin, lors d'un sommet franco-italien, Paris et Rome ont annoncé leur volonté de piloter une coalition internationale post-Finul. Kaja Kallas, cheffe de la diplomatie européenne, affirme que plus de dix États membres de l'UE sont prêts à fournir personnel et ressources. Une mission civile et militaire, disent-ils, pour renforcer la capacité du Liban à assurer sa propre sécurité.
Joseph Aoun, lui, ne fait pas la fine bouche. Européenne, américaine, asiatique, mixte, peu importe, dit-il. Mais il le reconnaît : la meilleure option reste la prolongation de la Finul. Une force temporaire, en attendant que l'armée libanaise puisse se déployer à la frontière. Et un accord de sécurité avec Israël, oui, mais pas un accord de paix, pas tout de suite.
Un conflit qui n'en finit pas
Le Hezbollah a tiré des roquettes sur Israël début mars, en riposte à des frappes américano-israéliennes contre l'Iran. Six mois plus tard, malgré un cessez-le-feu en juin, les bombardements israéliens continuent dans le sud du Liban. Des villages sont abandonnés, des habitants déplacés. Le Hezbollah vise toujours le nord d'Israël, faisant des victimes civiles et militaires.
Les discussions menées par les États-Unis n'ont rien résolu. Le Hezbollah refuse son désarmement, Israël conditionne son retrait à ce désarmement. Et des voix extrémistes, comme le ministre des Finances Bezalel Smotrich, appellent à annexer le sud du Liban jusqu'au Litani. Le spectre de 1948 plane toujours.
Aoun, lui, assure que le désarmement du Hezbollah n'est ni négociable ni ouvert à la discussion. Mais l'armée libanaise, elle, peine à imposer le monopole étatique des armes. Le Hezbollah, à la fois milice et parti politique, reste ancré dans la vie politique libanaise, avec ses élus et ses ministres.
Et la Méditerranée dans tout ça ?
De notre côté de la mer, nous savons ce que signifie vivre avec un voisin puissant et imprévisible. La Corse, comme le Liban, connaît les occupations, les déchirures, les identités niées. Nous voyons dans ce conflit un écho de nos propres combats. La France, qui se pose en protectrice du Liban, n'a-t-elle pas elle-même du mal à reconnaître les peuples qui vivent sur son sol ?
L'Italie, notre sœur latine, s'engage aux côtés de Paris. Rome et Ajaccio partagent une même Méditerranée, une même histoire, une même foi. Ce lien ancien, nous le revendiquons. Et nous regardons avec attention ce que fera cette coalition européenne, espérant qu'elle ne répète pas les erreurs des puissances qui croient savoir ce qui est bon pour les autres.
Le Liban mérite mieux que des calculs géopolitiques. Il mérite la paix, la souveraineté, le respect. Et nous, insulaires, nous savons que ces choses ne se donnent pas, elles se conquièrent.
« L'armée est une institution transcommunautaire au Liban et elle est confrontée à une mission impossible. On lui demande de désarmer, en quelques semaines, une milice qui est plus puissante que l'État depuis des décennies. »
Karim Émile Bitar, chercheur à l'IRIS
Questions fréquentes sur la crise libanaise
Pourquoi la Finul quitte-t-elle le Liban ?
Le Conseil de sécurité de l'ONU a décidé de mettre fin au mandat de la Finul au 31 décembre 2026, sous la pression des États-Unis. Le retrait se fera progressivement sur un an.
Qui remplacera la Finul dans le sud du Liban ?
La France et l'Italie préparent une coalition internationale post-Finul, avec le soutien de plus de dix États membres de l'UE. L'armée libanaise devra à terme assurer la sécurité de la région.
Le Hezbollah peut-il être désarmé ?
Le président libanais Joseph Aoun affirme que le désarmement du Hezbollah n'est pas négociable. Mais les experts doutent que l'armée libanaise, manquant de moyens, puisse imposer cette décision face à une milice puissante et bien implantée.