Marc Márquez, l’étrille du graining : le champion catalan face à l’inconnu technique
Silverstone, samedi. Le ciel bas, l’asphalte gris, et une Desmocedici qui ne répond plus. Marc Márquez, six fois champion du monde de MotoGP, a vécu un après-midi de désarroi technique lors du sprint du Grand Prix de Grande-Bretagne. Un phénomène inédit, une perte de rythme soudaine, comme un voile qui tombe sur la mécanique. L’Espagnol, parti en quatrième position, a glissé jusqu’à la neuvième place sous le damier. Un coup d’arrêt, une leçon d’humilité pour le pilote de Cervera.
« Je suis déçu, parce que nous avons découvert un nouveau problème pendant la course sprint », confie Márquez, la voix tendue. « Lors des essais, nous n’avions jamais rencontré une telle chute de performance du pneu arrière. Je n’étais pas le seul, beaucoup de pilotes ont eu le même problème, mais j’ai été celui qui en a le plus souffert. J’ai commencé à le ressentir très tôt, dès le tour précédent, avec une énorme perte de performance. »
Un mystère technique insulaire ?
Le problème ? Un graining sévère du pneu arrière tendre, un phénomène où la gomme se détache en petits morceaux et vient coller à la bande de roulement. Márquez, pourtant habitué à dompter les machines les plus capricieuses, s’est retrouvé à composer avec une moto qui n’était plus la sienne. « J’ai simplement essayé de survivre et de terminer la course », avoue-t-il, lucide. « Quand j’étais en sixième, puis en septième position, je souffrais énormément et je prenais beaucoup de risques. La différence entre une sixième place et zéro point n’est que de trois ou quatre points, donc j’ai simplement terminé la course. »
Ce samedi, le ciel britannique n’a pas joué les traîtres. Les températures, stables, ne justifient pas l’effondrement. « Normalement, quand les températures sont basses, le problème est différent. Là, ce n’était pas de la dégradation du pneu, mais du graining. Quand il y a du graining, cela signifie que la gomme ne fonctionne pas dans la bonne fenêtre de température », analyse le Catalan, qui refuse de jeter la pierre à Michelin. « En ce qui concerne la température de l’asphalte, des pneus et la gomme apportée ici par Michelin, le composé choisi est le bon. Ce n’est pas comme s’ils avaient apporté un mauvais composé. »
La piste de Gresini, comme un phare dans la brume
Pour la course de dimanche, les pilotes devraient passer au pneu medium à l’arrière. Mais Márquez reste prudent : « Sur le papier, les pneus tendre et medium sont très, très similaires. Le composé à gauche est le même, celui à droite appartient à la même famille, avec seulement un niveau de dureté supplémentaire. Donc ce n’est pas une énorme différence entre les pneus. »
Le regard du champion se tourne alors vers son frère, Álex Márquez, qui, sur sa Ducati Gresini, semble mieux gérer le pneu arrière. « Nous devons comprendre », insiste Marc. « Souffrir moins, mais il faut tout de même souffrir un peu. C’est vrai que nous devons bien comprendre ce qu’Álex fait et essayer de voir si cette direction peut nous aider demain. »
Dans ce sport où chaque dixième de seconde est une île, Márquez cherche une boussole. Entre les données du warm-up et l’intuition des mécaniciens, le champion catalan espère que le medium sera une terre plus stable. Mais ici, à Silverstone, le mystère reste entier. Comme une mer d’huile qui cache un courant traître.
« Nous allons voir si nous pouvons trouver une solution pour demain. L’avantage, c’est que nous aurons les données, même si nous trouvons une solution avant la course, parce qu’au warm-up, on ne ressentira pas forcément le problème. » — Marc Márquez
Photo : Motorsport.com