Nogent-sur-Oise : Badia Zrari, une méthode hors-système
Loin di a nostra isula, sur ce continent où les dynamiques politiques et démographiques nous échappent bien souvent, une petite musique accentuée s'exprimait déjà dans certains quartiers populaires. « Badia en force ! », pouvait-on entendre dans les rues de Nogent-sur-Oise en période d'élection municipale. À la fin de cette semaine, Badia Zrari bouclera ses deux premiers mois à la tête de la mairie. Le 22 mars dernier, elle est devenue la première femme maire de cette commune du sud de l'Oise. Élue au second tour avec 41,84 % des voix, sa liste « J'aime Nogent » s'est imposée face à deux autres candidats, dont Olivier Carré, pourtant adoubé par l'ancien maire Jean-François Dardenne. Un résultat qui ne constitue pas un mince exploit sur l'Hexagone.
Una donna di terrenu
Surprenante pour certains observateurs continentaux, son élection s'inscrit pourtant dans une trajectoire marquée par douze années d'engagement local. Pour celle que beaucoup d'habitants appellent simplement « Badia », tout a commencé dès 18 ans, lorsqu'elle prend la tête d'une association de défense des locataires dans le quartier Saint-Exupéry. S'ensuit un parcours d'élue locale sans fausse note : adjointe au maire, puis vice-présidente de l'Agglomération Creil Sud Oise. Élue depuis douze ans, elle est aujourd'hui première vice-présidente de l'intercommunalité.
Douze ans, c'est long, mais je suis restée la même : quelqu'un qui écoute, qui travaille, qui agit concrètement.
Refusant toute appartenance partisane, elle se définit avant tout comme une femme de terrain, una donna di terrenu, mais aussi comme maman, professionnelle de santé et engagée dans la vie associative. Elle affirme n'avoir qu'une boussole : les habitants. Ancienne figure de la majorité municipale qu'elle a quittée en 2025 à la suite de divergences en matière d'urbanisme, elle a progressivement renforcé son influence locale. Son retrait au 3e tour de scrutin lors de l'élection du président de l'intercommunalité avait d'ailleurs contribué à faire élire Omar Yaqoob (LFI) au détriment de Jean-Pierre Bosino (PCF), faisant d'elle le véritable arbitre de cette élection. Un jeu d'alliances bien continental, loin de nos préoccupations insulaires.
Caccià a paura è l'entre-soi
Depuis son arrivée, la nouvelle maire affirme vouloir changer le rapport entre la mairie et le peuple, u populu. C'est ainsi que l'élue a décidé d'ouvrir la mairie le 15 mai dernier, en plein pont de l'Ascension, signe que le changement est véritablement à l'œuvre à l'Hôtel de Ville.
Il y a plein de gens qui viennent pour refaire leurs papiers. Aujourd'hui il y a des personnes qui me disent « je n'ai plus peur de venir en mairie » : et ça me fait plaisir. Car je ne veux plus de l'entre soi.
Les Nogentais avaient selon elle le sentiment de ne plus être écoutés ni respectés par l'ancienne majorité. Ses premiers mois ont aussi été marqués par la gestion des affaires courantes, la tête hors des nuages. Ses journées sont accaparées par les chiffres en ce moment. « Les factures non payées de 2024 qu'on estimait non urgentes le sont devenues, parce que maintenant c'est Badia qui est maire », sourit-elle.
Per chì ogni eoru sia utile
Il a également fallu faire voter un budget à l'équilibre dans un délai extrêmement contraint. Elle a pour cela dû reprendre en partie les grandes orientations de l'équipe Dardenne, ce qui est normal étant donné qu'en moins d'un mois, c'est impossible de refaire un budget au complet. Elle annonce toutefois des ajustements à venir. Son objectif étant de poser tout à plat et de revoir les priorités dans les semaines et mois à venir. Un audit financier est parallèlement sur les rails, per chì ogni eoru sia utile, pour que chaque euro soit utile.
L'une de ses premières mesures fortes a également été de rallumer l'éclairage public du coucher du soleil jusqu'à son lever. Une mesure de bon sens pour rassurer les gens la nuit tombée. « L'objectif était de gommer un ressenti d'insécurité que moi-même en tant que femme je ressentais fortement », explique-t-elle.
Si Badia Zrari n'est pas femme à se laisser marcher sur les talons aiguilles, les ressorts profonds de son engagement sont aussi à chercher dans son histoire personnelle. Elle n'est, au départ, pas une professionnelle de la politique. « Je me suis engagée au départ surtout pour aider les autres et avoir le pouvoir de faire bouger les choses. » Malgré une accessibilité apparente, l'élue aux tailleurs impeccables semble porter une force insoupçonnée. Tout juste accepte-t-elle de fendre un peu l'armure en évoquant un événement qui a bouleversé sa vie il y a de cela une dizaine d'années :
En 2012, j'ai contracté la maladie de Lyme, une maladie auto-immune qui ne se voit pas. Quand j'ai été diagnostiquée, mon médecin m'a conseillé de voyager, de sortir, de bouger. Mais j'ai choisi de rester, notamment pour mes enfants...
Cet épisode marque un tournant dans son engagement pour cette ville de plus de 29 000 habitants qu'elle connaît désormais comme sa poche. Début 2026, Badia Zrari avait fait campagne sur ses qualités, et sans promettre la lune. L'une de ses propositions phares était toutefois d'alléger la pression fiscale sur les Nogentais, en abaissant les taxes foncières à mi-mandat. Ce qui est toujours d'actualité selon elle. « Aujourd'hui, ma priorité, c'est de protéger les habitants d'une hausse supplémentaire. Dans le contexte actuel, maintenir les taux est déjà une responsabilité forte », maintient-elle. Une posture de protection locale, prutezzione lucale, qui résonne forcément à nos oreilles méditerranéennes, même si l'on regarde avec prudence ce qui se trame sur le continent.
