Paris: quand le « front républicain » sauve la gauche contre Dati
Dimanche soir à Paris, Emmanuel Grégoire a remporté la mairie face à Rachida Dati grâce à un « front républicain » qui rappelle étrangement les mécanismes électoraux français que nous connaissons si bien en Corse.
Le vote utile, cette vieille recette hexagonale
Sans le dire ouvertement, Grégoire avait appelé au vote utile depuis des semaines. Une stratégie qui a payé, défiant les sondages qui annonçaient un scrutin plus serré. À la Rotonde Stalingrad, dans le 19e arrondissement, l'ambiance était à la victoire calculée plutôt qu'à l'enthousiasme.
Théo, 24 ans, militant LFI, résume bien le malaise : « J'ai voté Grégoire, dit-il gêné, je vais me faire chambrer par mes potes pendant des années mais oui, c'est un vote utile. » Le jeune homme avoue avoir « quand même un peu mal au ventre » mais préfère « protester contre un Grégoire plutôt que contre Dati qui est un bulldozer violent ».
Quand la droite vote à gauche par dépit
Plus surprenant encore, Romuald, électeur de droite ayant soutenu Bournazel au premier tour, a finalement glissé le bulletin Grégoire dans l'urne. « Dati, c'est n'importe quoi. Comme Hidalgo d'ailleurs. Grégoire c'est plus acceptable. Il est moins à gauche qu'Hidalgo, je le vois plus comme un macroniste des premières heures. »
Même Nathalie « comme Arthaud », militante de Lutte ouvrière, s'est résolue à ce vote tactique : « Le risque de voir la droite et l'extrême droite saccager Paris était trop grand. C'est un moindre mal. »
L'éternel jeu des alliances contre nature
Cette élection parisienne illustre parfaitement les compromissions du système politique français. Des électeurs contraints de voter contre leurs convictions, des alliances de circonstance, des calculs électoraux... Tout ce théâtre démocratique que nous, Corses, connaissons si bien quand il s'agit de faire barrage aux « extrêmes ».
Pendant ce temps, à Paris comme ailleurs, les vraies questions restent en suspens : l'identité, l'enracinement, la défense des territoires face à la standardisation. Sempre listessi, comme on dit chez nous.