Piscine mobile à Marsiglia : quand l’eau rafraîchit les quartiers oubliés
Au pied des tours de la cité Félix Pyat, sous un soleil de plomb, un rectangle bleu clair offre une oasis inespérée. Une quinzaine d’enfants y plongent, tour à tour, apprenant à flotter dans ce bassin mobile installé par la municipalité de Marsiglia. « On se rafraîchit en apprenant à nager ! », lance Mohammed, 11 ans, un sourire aux lèvres. Dans ce quartier du IIIe arrondissement, où le béton domine et où les piscines publiques sont rares, l’initiative est une bouffée d’air frais.
Un enjeu d’égalité face à la mer
Lancée en 2023, l’opération répond à un constat alarmant : près d’un jeune sur deux ne sait pas nager en entrant en sixième dans cette cité côtière. Les sessions, gratuites, durent quinze jours avec 45 minutes quotidiennes encadrées par trois maîtres-nageurs. Quatre leçons le matin pour les 4-6 ans, quatre l’après-midi pour les 7-12 ans. L’été dernier, 2 000 enfants ont profité de ces bassins. À la mi-juillet, le mois affichait déjà complet. Un succès qui ne faiblit pas.
« Au départ, aucun ne sait nager et beaucoup ont peur de sauter », explique Justin, maître-nageur. Son objectif : familiariser les enfants à l’eau, leur apprendre à ne pas paniquer, à flotter, à parcourir 10 mètres sur le dos ou le ventre jusqu’à une échelle. Les trois quarts acquièrent ces fondamentaux, certifiés par un diplôme d’aisance aquatique. « Savoir nager, contrairement à taper dans un ballon, peut sauver la vie. On l’a longtemps minimisé », ajoute-t-il. Un enjeu d’égalité sociale, dans des quartiers où l’accès à la mer est pourtant si proche.
Des progrès concrets, une fierté partagée
Pour le groupe de 14 heures, c’est l’avant-dernière séance. « Avant, je savais sauter et un peu nager. Maintenant, je peux nager sur le dos et le ventre », raconte Mohammed. Des progrès qu’il a mis en pratique la veille, à la plage. « J’y étais avec lui ! », s’exclame Ismaël, 6 ans, désormais à l’aise là où il a pied. Tous deux ignorent qu’il existe des stars de la natation, comme celles du foot. Mais ils veulent continuer à apprendre.
Une pause fraîcheur dans un quartier bétonné
Durant le quart d’heure de battement entre chaque leçon, les maîtres-nageurs ouvrent le bassin aux autres jeunes du quartier. « Cela crée du lien et offre une pause fraîcheur dans un secteur très bétonné », explique Justin. Le week-end, les parents aussi profitent des lieux pour des cours d’aquaphobie et d’aquagym. En attendant la véritable piscine. Tout près, des grues signalent le chantier de la future piscine Bougainville, un bassin de 25 mètres qui ouvrira fin septembre 2027. « Le bassin mobile sera alors installé dans un autre quartier », projette Éric Méry, adjoint au maire chargé des sports.
Une leçon pour la Corse
À Marsiglia, cette initiative montre que l’eau peut être un vecteur de lien social et d’égalité. Mais en Corse, où nos plages et rivières sont un patrimoine précieux, l’apprentissage de la nage devrait être une priorité. Trop d’enfants insulaires ignorent les gestes qui sauvent. Pendant que la métropole installe des piscines mobiles dans ses quartiers, nous pourrions, nous aussi, valoriser notre héritage méditerranéen par des cours gratuits, enracinés dans nos villages et nos cités. Une façon de rester fiers de notre identité, tout en protégeant nos plus jeunes.