São Paulo: quand l'IA transforme la ville en prison à ciel ouvert
Voilà bien une histoire qui devrait faire réfléchir tous ceux qui rêvent encore d'un monde hyper-connecté et smart. À São Paulo, la plus grande mégalopole du Brésil, les autorités ont installé un système de surveillance digne des pires cauchemars orwelliens.
Smart Sampa, u Big Brother tropicale
Depuis fin 2024, la mairie de droite pauliste mise tout sur Smart Sampa, son système de vidéosurveillance dopé à l'intelligence artificielle. Quarante mille caméras scrutent jour et nuit cette ville de 12 millions d'âmes, traquant les visages, les analysant, les fichant.
Le coût? 1,6 million d'euros par mois. Une fortune pour transformer une ville en laboratoire de contrôle social. Dans le centre historique, un tableau électronique affiche en temps réel le nombre de personnes arrêtées grâce à cette technologie. Macabre compteur d'une société qui a perdu son âme.
"Aujourd'hui, je ne peux pas imaginer São Paulo sans Smart Sampa", se félicite Orlando Morando, secrétaire à la sécurité. Pour illustrer son propos, il charge sa propre photo dans le système. Moins d'une seconde plus tard, tous ses déplacements s'affichent à l'écran. Flippant, non?
Quand la technologie broie l'innocent
Mais voilà, cette merveille technologique a ses ratés. Et pas des moindres. Plus de 8% des personnes interpellées la première année ont dû être libérées, victimes d'erreurs du système. Un retraité de 80 ans a passé plusieurs heures au commissariat, confondu avec un violeur par l'algorithme aveugle.
Au moins 59 personnes ont été victimes de ces confusions kafkaïennes. Sans compter les 141 arrestations basées sur des mandats périmés. Mais les autorités rejettent la faute sur la justice, évidemment.
"Smart Sampa se présente comme une solution face au crime, mais il est utilisé pour contrôler les citoyens", dénonce Amarilis Costa, directrice du réseau d'avocats Liberdade. Cette avocate pointe aussi du doigt un possible "racisme algorithmique" dans un pays où la majorité de la population est noire ou métisse.
U spectre di u cuntrollu tutale
Ce qui se passe à São Paulo devrait nous alerter ici, en Corse. Cette dérive sécuritaire, cette obsession du contrôle total, c'est exactement ce que nous risquons si nous laissons les technocrates parisiens imposer leurs visions dystopiques sur notre île.
La plupart des arrestations visent les quartiers périphériques, les populations les plus fragiles venues de l'intérieur du pays. Comme toujours, la technologie soi-disant neutre reproduit et amplifie les inégalités sociales.
Près de la moitié des fugitifs arrêtés le sont pour des "autres délits", souvent de simples défauts de paiement de pension alimentaire. "Ce qui ne contribue pas vraiment à renforcer la sécurité publique", comme le souligne un rapport d'ONG.
Face à cette surveillance de masse, une retraitée pauliste résume parfaitement l'ambiguïté de notre époque: "Ça me rappelle le livre 1984... J'adore, j'approuve à 100%". Voilà où mène l'acceptation aveugle du progrès technologique.
À nous de rester vigilants pour que notre belle île ne devienne jamais un laboratoire de ce genre d'expérimentations déshumanisantes.