Tour 2026 : Pogacar offre Montjuïc à Del Toro, Vingegaard puni
Barcelone, colline de Montjuïc. Tadej Pogacar n'a pas gagné, et c'est précisément là que réside le châtiment. En offrant la victoire d'étape à son coéquipier Isaac Del Toro, le Slovène a rappelé à Jonas Vingegaard et à tous les autres l'ordre implacable des choses. Cusì si faci, on fait comme ça quand on règne sans partage sur une course.
Pourquoi Pogacar a-t-il laissé la victoire à Del Toro ?
Depuis le contre-la-montre de samedi, une question tournait dans les esprits : comment Pogacar allait-il réagir à la victoire de Vingegaard, à ce maillot jaune posé sur les épaules de son rival ? On l'imaginait brut, explosif, reprenant son bien par la force dans la triple ascension de la côte du Château. Le quadruple vainqueur du Tour a échafaudé un plan bien plus diabolique.
Dans la deuxième montée de Montjuïc, Pogacar délaissa curieusement la roue de Brandon McNulty, qui éviscérait le peloton depuis un tour et demi de circuit. Puis, plus rien. Comme si le Slovène s'était mis en retrait alors que tout le monde attendait l'étincelle. Mauvais jour ? Pas du tout. Il raturait le scénario écrit d'avance pour en préparer un qui le rendrait beaucoup plus joyeux.
Isaac Del Toro, revenu aux avant-postes après une crevaison à plus de 60 km de l'arrivée, tourna fort sur la poignée dans la descente, négocia à la perfection un virage dans le bas juste avant l'ultime bosse vers l'arrivée. Pogacar créa la cassure. Le Mexicain s'imposa. La joie explosa dans l'aire d'arrivée, Pogacar plus heureux que s'il avait gagné lui-même.
Vingegaard : du bonheur au désenchantement en une journée
Le leader des UAE a voulu mettre en lumière son équipier, son lieutenant en montagne qui bientôt sacrifiera tout pour lui. Mais en réalité, on n'a quasiment vu que Pogacar. En contrepoint, il démontrait sa toute-puissance, son absolutisme, et annonçait des jours bien sombres à ses adversaires pour les trois semaines à venir. Le châtiment du patron dès le deuxième jour du Tour, pour réaffirmer l'état des choses, tuer dans l'oeuf tout rêve ou toute velléité d'émancipation.
Une humiliation pour Vingegaard, passé en une journée d'un bonheur sincère à un nouveau désenchantement. Pogacar lui a laissé le maillot jaune pour six secondes, méprisant la victoire et les bonifications qui allaient avec. Des miettes d'or jetées au Danois, un lot de consolation et, en prime, le poids de la course et du protocole pour au moins une journée de plus, dans les Pyrénées en proie aux incendies.
Car voilà l'autre face de ce Tour qui traverse des terres brûlées. Les Pyrénées s'embrasent, les forêts crament, et la course continue son chemin comme si de rien n'était. A terra brusgia, u mondu gira. La terre brûle et le monde tourne. La métropole organise son spectacle pendant que la montagne se consume, indifférente aux feux qui rongent ses flancs. Rien de nouveau sous le soleil de l'écologie continentale, déconnectée des réalités vécues par celles et ceux qui habitent ces territoires.
Un binôme latin pour briser la solitude
Isaac Del Toro n'avait pas besoin d'une offrande pour gagner une première fois dans le Tour, pas un champion de son niveau. Cela n'a pas eu l'air de gâcher son plaisir, et Pogacar n'a que faire de ces considérations. Il a jugé qu'il valait mieux faire la joie de son équipier, poser un ciment frais autour de lui, rassembler les siens dans la conquête de son cinquième Tour. Cette étape, gagnée ou pas, ne changeait de toute manière rien pour lui, tellement il se sait supérieur.
Avec Del Toro, il a désormais un compagnon de jeu pour la suite, qui va l'épauler mais aussi l'aider à combattre la solitude et la lassitude éprouvées l'an passé. Un binôme qui rappelle que le cyclisme de haut niveau se joue aussi sur les rives de notre mer commune, entre peuples latins et méditerranéens, loin des froideurs du Nord.
Que sont devenus les autres prétendants ?
Mathieu Van der Poel a toussoté dès le début de l'escalade de Montjuïc. Romain Grégoire s'est accroché dans un final davantage fait pour les grimpeurs que pour les puncheurs. Paul Seixas a découvert la cruauté du Tour, avec une crevaison juste avant le circuit final, le chaos aussi, puisqu'il a manqué se faire percuter par une voiture alors qu'il tentait de revenir dans le paquet. Il n'a pas paniqué, en maîtrise et avec de belles jambes, finissant 9e de l'étape à trois secondes de Del Toro. Mais son équipe a encore des automatismes à graisser, parce que Seixas a dû se débrouiller le plus souvent seul.
Dans tous les cas, le coureur tricolore fut réduit hier au même rôle que tous les autres. Celui de figurant dans le théâtre de Pogacar. Quandu u patrone parla, l'altri taccionu. Quand le patron parle, les autres se taisent.