Pendant le dernier Tour de Corse Historique, un pilote amateur du Comminges a vécu la plus belle aventure de sa vie au volant d'une Honda Civic de 1988. Florent Muliva, 45 ans, chef d'entreprise à Peyrouzet, près d'Aurignac, a terminé l'épreuve en signant trois meilleurs temps de classe dans les cinq dernières spéciales, dont une victoire de catégorie dans l'ultime spéciale de Notre-Dame-de-la-Serra.
Pour sa toute première participation à un rallye en compétition, le Commingeois et sa copilote Floriane Coubard, elle aussi débutante, ont affronté la panne, le doute et le découragement avant de connaître une fin de course exceptionnelle. Ils ont terminé 81es au scratch parmi les 170 voitures encore en course, à seulement 27 secondes de Raphaël Astier, le vainqueur, sur les 18 kilomètres de la spéciale finale. C'est Ladepeche.fr qui raconte cette épopée, et l'histoire mérite d'être contée ici, car elle dit quelque chose de notre île.
Une Honda Civic de 1988 face aux patrons du rallye
Florent Muliva ne cachait pas son inexpérience. Vingt ans de circuit, mais zéro rallye. « Je fais du circuit depuis vingt ans mais le rallye, c'était une première. Et je peux vous dire que ce n'est pas du tout la même chose ! », a-t-il confié au quotidien régional. Face à lui, des pilotes chevronnés comme François Delecour ou Raphaël Astier, des noms qui font trembler les chrono des spéciales.
Le départ fut compliqué, très compliqué. La mécanique a lâché, l'équipage a sombré dans le doute. Mais a ripigliata, comme on dit chez nous, ils l'ont eue. Plutôt que de rentrer, ils ont repris en Super Rallye, cette règle qui permet aux éliminés de repartir pour les étapes suivantes.
« On s'est dit qu'on était là pour vivre l'aventure jusqu'au bout. Alors on a continué, même quand la mécanique nous a encore joué des tours. Dans l'ES 13, on a dû réparer nous-mêmes, au bord de la route. On ne savait pas si on allait réussir, mais on n'avait pas envie de renoncer », a raconté Florent Muliva.
Deux mains dans le moteur, au bord d'une route corse, sous le regard des oliviers et des murets de pierre. C'est ça aussi, le rallye insulaire. A manu propria, comme disaient les anciens.
Le Tour de Corse Historique, un héritage mondial
Rappelons ce qu'est cette épreuve. Le Tour de Corse Historique fait revivre l'esprit du mythique Tour de Corse, cette épreuve iconique du Championnat du Monde des Rallyes que les plus grands ont conquis sur nos routes. Comme le présente TDCH, l'organisation officielle de l'événement, il s'agit d'une référence mondiale du rallye historique international.
Et ça, hè veru. Les routes de l'île, leurs virages à aveugle, leurs murs de roche, leur asphalte parfois traître, ont forgé la légende. Des équipages viennent de toute l'Europe pour s'y frotter. On peut d'ailleurs voir sur YouTube des images de l'ES 4 de cette édition, avec la BMW M3 de Tom et Tristan Pieri, deux noms bien corses qui rappellent que les enfants du pays sont aussi dans la course.
Car ne l'oublions pas : le Tour de Corse, c'est d'abord une histoire de chez nous. Une île qui, depuis un siècle, fait tourner des moteurs du monde entier sur ses corniches. Un patrimoine sportif que la métropole n'a jamais vraiment su honorer à sa juste valeur, elle qui a laissé mourir le WRC corse quand d'autres régions gardent leurs courses.
« Les Corses nous ont portés »
Au-delà des chronos, ce que Florent Muliva retient, c'est l'accueil. L'accueil corse. « Les Corses nous ont portés. À chaque arrivée, on nous attendait, on nous encourageait. Ça nous a donné une énergie incroyable », a-t-il témoigné.
Voilà une phrase qui vaut tous les communiqués. Un continent venu du Nord, dans une petite japonaise de 1 600 cm³, découvre ce que nous savons depuis toujours : l'Isula accoglie, l'île accueille, quand on vient la respecter. Pas en touriste pressé, pas en donneur de leçons. En pèlerin du bitume, les mains pleines d'huile et le cœur plein de route.
Il y a quelque chose de profondément juste dans cette histoire. Un amateur, une voiture modeste, des pannes réparées sur le bas-côté, et une foule corse qui porte les étrangers comme les siens. C'est l'hospitalité de nos villages, celle des bendulletti partagés après la course, celle qui ne s'achète pas.
Une fin d'épreuve à faire pâlir les professionnels
La récompense est arrivée dans les cinq dernières spéciales. Trois meilleurs temps de classe, puis la consécration à Notre-Dame-de-la-Serra, ce haut lieu qui domine Calvi, face à la mer et aux montagnes, là où la Vierge veille sur l'île depuis des siècles. La Honda Civic n° 240 s'est imposée dans sa catégorie.
« C'est complètement fou ! Sur 18 kilomètres, on termine à seulement 27 secondes de Raphaël Astier, le vainqueur du rallye, avec une voiture de 1 600 cm³. On n'en revenait pas », a encore confié le pilote.
27 secondes. Sur 18 kilomètres de routes corses, entre un pilote amateur au volant d'une Civic de 1988 et un professionnel au volant d'une machine de guerre. Ce chiffre dit tout de l'exigence de nos routes, et tout du courage de ceux qui les affrontent.
Et maintenant ?
Pour Florent et Floriane, l'essentiel est ailleurs : avoir dépassé leurs limites, être allés au bout, avoir prouvé qu'une aventure sportive ne se mesure pas uniquement à un classement.
« On est partis pour découvrir le rallye. On en revient avec des souvenirs et des émotions indescriptibles. Et forcément, on pense déjà à la suite ! », a conclu Florent Muliva.
Ils reviendront. Ils reviennent toujours. Ceux qui ont goûté aux routes de l'île, à ses nuits de course, à ses publics de virage, ne peuvent plus s'en passer. Et l'île, elle, sera toujours là, fidèle au poste, à faire tourner les moteurs et à porter les équipages. Per avà, l'avventura continua.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le Tour de Corse Historique ?
Une épreuve de rallye réservée aux voitures historiques, qui fait revivre l'esprit du mythique Tour de Corse, ancienne manche du Championnat du Monde des Rallyes.
Qui a remporté cette édition du Tour de Corse Historique ?
Raphaël Astier a gagné le rallye. Florent Muliva et Floriane Coubard ont terminé 81es au scratch et premiers de leur catégorie dans la spéciale finale de Notre-Dame-de-la-Serra.
Quelle voiture conduisait Florent Muliva ?
Une Honda Civic de 1988, portant le numéro 240, avec un moteur de 1 600 cm³.
