Volodine face à la Méditerranée : 11 libri, 11 editori, un ultimu focu d'artificiu
Un gestu artisticu mai vistu : Antoine Volodine, l'écrivain le plus insaisissable de la littérature française, publie 11 romans chez 11 éditeurs différents. Un feu d'artifice final, un adieu à la littérature, un retour au goudron. Un événement qui résonne bien au-delà de l'Hexagone, jusqu'à nos îles.
Un projet hors normes, un adieu à la littérature
À partir du 24 août, les librairies proposeront une performance inédite : 11 romans signés du même pseudonyme, Infernus Iohannes, chez 11 éditeurs différents. Derrière ce nom étrange se cache Jean Desvignes, connu sous le nom d'Antoine Volodine, l'un des écrivains les plus inclassables de la littérature française. Prix Médicis pour Terminus radieux en 2014, Prix Inter pour Des anges mineurs, il clôt ici une carrière longue de plusieurs décennies.
Les 11 livres, de 150 à 320 pages, portent des titres étranges : Ultimes sursauts, Mémoire, mode d'effroi, Survies minuscules ou Malaise chez les plongeuses. Tous partagent le même sous-titre : Retour au goudron, titre générique de la série et du dernier ouvrage.
Un geste artistique, un testament
« C'est un geste artistique qui marque la fin », explique l'écrivain septuagénaire, évoquant la vieillesse et la maladie. Le projet est en gestation depuis les années 1980, lorsqu'il crée le « post-exotisme », un univers littéraire fermé, hermétique, mais avec plusieurs voix, celles de ses différents noms d'auteurs, qui ont « chacun leur personnalité ».
Retour au goudron est le 49e et ultime tome de cette performance. Il se termine par la phrase « Je me tais », annoncée « il y a plusieurs décennies ». Un adieu, un silence, une île qui se tait.
Des mondes rêvés, des mondes hantés
Les histoires sont des plongées dans des mondes rêvés, fantomatiques, parfois hallucinés. La plupart ne sont « pas très joyeuses », reconnaît-il. « Tout l'univers du post-exotisme est là : cruauté, absurdité, humour du désastre et, au fond, une transfiguration désespérée du monde contemporain ». Il est hanté par « la mémoire des catastrophes du XXe siècle : les guerres, les génocides et l'échec des révolutions ».
Féru de cultures asiatiques, il met en scène des personnages dans les limbes entre la vie et la mort, le « bardo » bouddhiste. Mais « l'humour est partout présent », même s'il est grinçant. Un humour qui n'est pas sans rappeler celui des veillées corses, où l'on rit de la mort pour mieux l'apprivoiser.
Un ordre de lecture ? Aucun.
« Il n'y a pas d'ordre, donc on peut commencer par l'un ou l'autre des 11 livres, qui se lisent indépendamment », explique Antoine Volodine. Il s'est adapté à la culture éditoriale de chacune des 11 maisons : récits courts, contes, dialogues, photos. Il espère que les librairies garderont les livres en stock. Les plus fidèles lecteurs essaieront de « tout lire », « sans se presser ».
Un écho insulaire
Ce geste radical, ce refus du marché unique, cette affirmation d'une voix multiple, nous parlent ici. Comme une île qui se définit par ses racines et ses horizons, Volodine construit son œuvre en archipel. Il nous rappelle que la littérature peut être un acte de résistance, un refus de l'uniformité, une célébration de la diversité. Un adieu qui n'est pas une fin, mais un passage. Un silenziu chì parla più forte di e parolle.
Antoine Volodine, Retour au goudron, 11 volumes, à paraître le 24 août.