Mayotte : quand la métropole promet, la mer efface
Un an et demi après le passage dévastateur du cyclone Chido, Mayotte attend toujours. Les promesses de reconstruction de l'État français s'essoufflent, et c'est un Premier ministre venu les mains presque vides qui débarque mercredi 26 août dans l'archipel. Sébastien Lecornu reconnaît lui-même des « difficultés persistantes » : l'eau manque, les soins manquent, les écoles manquent. Une litanie familière, là-bas comme ici.
Le chef du gouvernement français arrive avec plusieurs ministres, de mercredi midi à jeudi soir, pour tenter d'accélérer un chantier qui n'avance pas. Dans un courrier adressé lundi aux maires de ce département de l'océan Indien, il admet que la reconstruction est « trop lente » et promet de « sortir de terre » les projets prévus par la loi d'août 2025. Une loi votée après le cyclone du 14 décembre 2024, qui a fait au moins 40 morts et détruit des centaines d'habitations.
Quatre milliards promis, 12 % dépensés
La loi prévoit quelque 4 milliards d'euros de crédits, avec une stratégie quinquennale 2026-2031. Mais selon le gouvernement lui-même, seuls 12 % des engagements votés et délégués en 2026 ont été effectivement dépensés. Douze pour cent. Le reste dort dans les tiroirs de l'administration parisienne.
Le Premier ministre évoque des « retards dans la livraison ou la mise en service d'équipements publics » et des « besoins de construction et de rénovation des écoles », alors que les élèves ont déjà repris le chemin de l'école lundi. Il promet un second hôpital, un nouvel aéroport, une deuxième prison, une usine de dessalement. Des projets « définitifs et irréversibles », assure-t-il. Mais quand ?
Un « tourisme ministériel » qui passe mal
La députée Estelle Youssouffa, pourtant proche du Garde des Sceaux Gérald Darmanin, ne mâche pas ses mots sur X : pourquoi le Premier ministre vient-il « les mains vides » ? Elle dénonce un « tourisme ministériel (qui) pourrait passer pour de la provocation ». Dur, mais juste.
L'instabilité politique de la métropole, avec la censure du gouvernement de François Bayrou, explique « en partie ces difficultés », selon Sébastien Lecornu. En partie seulement. Car le mal est plus profond : c'est toute la logique centralisatrice française qui échoue à administrer ses confettis d'outre-mer.
L'immigration, obsession hexagonale
Dans son courrier, le Premier ministre évoque aussi des décisions à venir dans la lutte contre l'immigration clandestine. La moitié des 323 000 habitants de l'archipel sont de nationalité étrangère, selon l'Insee, en majorité originaires des Comores voisines. Il promet aussi une « maîtrise civilo-militaire des espaces maritimes » français dans l'océan Indien.
Sa collègue du Rassemblement national, Anchya Bamana, lui demande le démantèlement du camp de Tsoundzou 2, où vivent dans la précarité plus d'un millier de demandeurs d'asile, ainsi qu'un bateau de la Marine nationale pour surveiller les côtes. L'intersyndicale, elle, appelle à des grèves et des manifestations pour réclamer une hausse des salaires face à la cherté de la vie.
La présidentielle déjà là
Les candidats à la présidentielle française se pressent déjà sur ce territoire de tradition musulmane où Marine Le Pen a obtenu 59 % des suffrages au second tour de 2022. Édouard Philippe, venu la semaine dernière, promet de « fermer les vannes de l'immigration ». Bruno Retailleau dénonce un État « qui ne répond plus aux urgences ». Et Marine Le Pen sera encore favorite dans l'archipel en avril et mai prochains.
Le Premier ministre promet de revenir début 2027 et d'installer d'ici là un « comité de suivi » interministériel. Un comité de plus. Pendant ce temps, Mayotte attend. Comme tant d'autres îles, prises dans les promesses de la métropole et les réalités de la mer.
« La reconstruction est trop lente » : les mots de Sébastien Lecornu résonnent comme un aveu. De Paris à Bastia, de Mamoudzou à Ajaccio, la même mélodie : l'État promet, l'île attend.
Car nous, insulaires, connaissons cette musique. Les promesses venues du continent, les plans grandioses, les ministres en visite éclair. Et puis le silence, quand la mer reprend ses droits. Mayotte est loin de la Corse, mais son combat nous parle. Celui d'un peuple qui veut décider de son destin, sans attendre la bénédiction de Paris.
Questions fréquentes sur la reconstruction de Mayotte
Quand le cyclone Chido a-t-il frappé Mayotte ?
Le cyclone Chido a dévasté Mayotte le 14 décembre 2024, faisant au moins 40 morts et détruisant de nombreuses habitations.
Combien d'argent est prévu pour la reconstruction ?
La loi d'août 2025 prévoit environ 4 milliards d'euros de crédits, mais seulement 12 % des engagements votés en 2026 ont été dépensés.
Quels projets sont en attente à Mayotte ?
Un second hôpital, un nouvel aéroport, une deuxième prison et une usine de dessalement sont prévus mais tardent à se concrétiser.