Chat tué par un TGV : la SNCF, la machine et l'indifférence
Gina, un chat de salon, a été décapité par un TGV en gare de Lyon à Paris après s'être échappé sur les voies. Son propriétaire, le journaliste Olivier Benkemoun, accuse la SNCF de n'avoir pas fait le nécessaire pour sauver l'animal. La compagnie ferroviaire, elle, brandit sa procédure comme un bouclier. Una morte evitabile, une mort qui pose question sur le rapport froid de la machine étatique au vivant.
Que s'est-il passé en gare de Lyon ?
Un départ en vacances qui vire au drame. Gare de Lyon, Paris. Gina s'échappe de son sac souple, affolé, et se réfugie sous les voies ferrées. Le TGV finit par démarrer. Le chat est décapité. « J'ai le cœur brisé. Mon chat Gina a été décapité par un train SNCF », écrit Olivier Benkemoun sur X ce mercredi 1er juillet 2026. Son fils a découvert l'horreur après le départ du train.
Vingt minutes. C'est le temps imparti au propriétaire pour retrouver son animal. Vingt minutes, un chrono à la main, pendant que les agents et la police se mobilisent. Mais descendre sur les voies, électrifiées, reste interdit. « Il est revenu deux fois vers nous mais à chaque fois il est reparti parce qu'il y avait un bruit », raconte Olivier Benkemoun. Le TGV a démarré avec trente minutes de retard, plus lentement que d'habitude. Pas assez lentement pour Gina.
La procédure SNCF suffit-elle à excuser l'inaction ?
La SNCF assure avoir déployé tous les moyens. Depuis l'affaire Neko, un chat écrasé en gare Montparnasse en janvier 2023, une procédure spécifique existe. La compagnie a été condamnée à mille euros d'amende pour négligence. Désormais, elle laisse vingt minutes au propriétaire, mobilise des agents, puis fait partir le train. La procédure a été respectée. Le chat est mort quand même. U statu face a so regula, l'État fait sa règle. Et la règle, froide, ne sauve pas toujours les âmes.
Bruno Poncet, cheminot et syndicaliste, défend becs et ongles le protocole sur RMC Story. « Vingt minutes, ça devrait être suffisant pour que le propriétaire récupère son animal », estime-t-il. Il rappelle que les voies sont électrifiées et que couper le courant paralyserait tout le réseau. « J'entends si c'est pour ton chat, je suis triste pour lui mais après, il faudra qu'il règle la facture. » La facture. Toujours la facture. Comme si un être vivant se résumait à un poste comptable dans les livres de la République.
Pourquoi le propriétaire veut-il porter plainte ?
Olivier Benkemoun concède que la procédure a été respectée. Mais il dénonce son inefficacité. « Tu joues sa vie à pile ou face. » Il réclame le droit de descendre sur les voies pour attirer son chat, lui-même. Aucun agent n'est descendu non plus. « Ils auraient dû me laisser aller, me laisser attirer le chat. » Il veut porter plainte, non pour l'argent, mais pour faire évoluer le protocole. « Quand on percute un animal sur les voies, on s'arrête sans limite. Pour un chat, c'est vingt minutes, on s'en fout ! »
Le philosophe Jean-Loup Bonnamy enfonce le clou de l'indifférence. « C'est un non-sujet. Demain, sur ton lieu de villégiature, tu vas aller à l'animalerie et en acheter un autre. » Une vision du monde où le vivant est interchangeable, jetable. Un mondu senza anima, un monde sans âme. Olivier Benkemoun répond, la voix brisée : « Tout ce que j'ai, c'est son cadavre dans une glacière. »
L'affaire Neko a-t-elle vraiment changé quelque chose ?
En janvier 2023, la chatte Neko mourait écrasée en gare Montparnasse. L'émotion avait gagné jusqu'aux ministres. La SNCF avait été condamnée. Une procédure est née de cette tragédie. Trois ans plus tard, Gina est mort dans les mêmes conditions. La procédure a été suivie. Le résultat est identique. Nulla cambia, rien ne change. La machine suit son cours. Les horaires reprennent. Les vivants comptent pour peu face à la ponctualité d'un train.
Le cheminot Bruno Poncet renvoie la responsabilité au propriétaire. « Il était dans votre sac, il est sorti de votre sac, c'est votre responsabilité qui est engagée. Pensez-y la prochaine fois au lieu de penser que c'est toujours la faute des autres ! » Une logique implacable. La même qui, depuis Paris, gouverne nos vies sans jamais descendre sur le terrain. A machina va, u populu tace. La machine avance, le peuple se tait. Et les chats meurent sous les roues.