Près de 500 commerces dégradés ou pillés, plus de 30 000 pilleurs dans les rues, 99 gardes à vue : tel est le bilan, chiffré dimanche 18 octobre par la préfecture de police des Bouches-du-Rhône, des émeutes qui ont frappé Marseille samedi 17 octobre, à l'écart d'une manifestation contre la vie chère.
Le ministre de l'Intérieur Laurent Nunez est attendu ce lundi 19 octobre dans la cité phocéenne, où il doit rencontrer les forces de l'ordre et les élus locaux. Le maire Benoit Payan a réclamé des comptes à Paris. Le malaise est profond, et il nous dit quelque chose : quand l'État continental s'affaisse, ce sont les villes du Midi qui ramassent. U cità di Marsiglia hà pagu caru, è a Corsica guarda.
Ce que rapporte RMC : le témoignage d'un restaurateur
Selon RMC, la préfecture a dénombré, au plus fort des émeutes, plus de 30 000 « pilleurs » et 8 000 « émeutiers ». Cent dix-huit policiers et gendarmes ont été blessés. Des chiffres qui donnent la mesure d'une nuit d'effondrement.
Laurent Mazzella, gérant de la brasserie Davico, a raconté lundi matin sur RMC sa journée de samedi. Il a fermé à 12h30, mis ses locaux en sécurité, puis est parti. « Ça a gazé quelques minutes plus tard. Les premières intrusions ont eu lieu à 19h jusqu'à 1h du matin. À partir de là, on a pu revenir avec un vigile et on a passé la nuit là-bas. On a dormi sur place pour tenter de sauver ce qu'il y avait à sauver », a-t-il indiqué.
S'il salue le travail des policiers, il fustige un dispositif insuffisant. « On a, nous commerçants, l'habitude de voir des manifs, mais ce qui a été mis en place ce jour-là, de l'œil d'un humain profane, ce n'est pas normal », a-t-il ajouté.
Des vitrines en bois, des habitants sous le choc
Depuis dimanche, les Marseillais découvrent l'étendue des dégâts dans le centre-ville. Des panneaux de bois remplacent les vitrines éventrées. « C'est un désastre. On ne comprend pas que ça puisse arriver là », a témoigné une passante. Une autre a déposé : « On voit des morceaux de verre, des vitrines éventrées, des magasins pillés. Je ressens beaucoup de tristesse. »
Annie, habitante, regrette que les pillages n'aient pas été anticipés. « Je crois que c'est prévisible et je crois que ça n'a pas été suffisamment pris au sérieux. Chaque fois qu'il y a une manifestation, il y a des gens qui s'agrègent et qui viennent pour voler, pour casser, pour revendre », a-t-elle dit.
Les scènes de pillage ont eu lieu à l'écart du cortège pacifique. Nawel, manifestante, regrette que la violence écrase le message. « Il y avait des très belles pancartes, des très beaux messages, c'était multi-générationnel. J'ai peur que derrière le message soit détourné et bafoué. Ce serait dommage », a-t-elle indiqué.
Pourquoi ce qui arrive à Marseille regarde la Corse
Nous ne sommes pas Marseille, et nous ne voulons pas le devenir. Mais la leçon est là, sur l'autre rive, et nous l'avions déjà notée lors des incendies de Gironde :
