Chevaline : le lac d'Annecy rend son secret, l'ADN du tireur peut-être encore sur l'arme
Quatorze ans après la tuerie de Chevaline, le lac d'Annecy a rendu un pistolet qui pourrait tout changer. Les touristes britanniques qui l'ont remonté des eaux le 20 août 2026 ne savaient sans doute pas qu'ils tenaient peut-être la clé du quadruple meurtre le plus mystérieux de la décennie. Et si l'arme parlait encore, même après toutes ces années passées dans les profondeurs ?
Une arme au fond du lac, un mystère qui remonte à la surface
Le pistolet découvert près d'une plage du lac d'Annecy présente des similitudes troublantes avec le Luger P 06, calibre 7,65, utilisé le 5 septembre 2012 sur un chemin forestier de Chevaline. Ce jour-là, Saad al-Hilli, 50 ans, son épouse Iqbal, 47 ans, et sa belle-mère Suhaila al-Allaf, 74 ans, tous trois d'origine anglo-irakienne, ont été criblés de balles. Un cycliste français, Sylvain Mollier, 45 ans, qui passait par là sans lien aucun avec la famille, a subi le même sort.
L'ancien procureur Jacques Dallest, ex-membre de la commission cold-case, reste prudent mais pas pessimiste. Interrogé par La Dépêche du Midi, il affirme que des indices exploitables pourraient subsister sur cette arme, malgré son long séjour dans l'eau.
L'ADN du tireur peut-il encore être retrouvé sur le pistolet ?
Oui, répond Jacques Dallest. Le calibre 7,65, plus petit que le 9 mm, correspond bien à celui utilisé par le tireur de Chevaline. Le procureur évoque un profil type survivaliste, passionné d'armes, qui aurait laissé une vingtaine de projectiles sur place. Mais l'essentiel est ailleurs : il est possible de retrouver de l'ADN à l'intérieur du pistolet, explique-t-il. Certains tireurs laissent des traces sur les éléments d'une arme qu'ils remontent ou nettoient. Tout dépendra de l'état de conservation de ce pistolet qui a séjourné dans l'eau.
Un numéro de série peut-il identifier l'arme ?
Les experts devraient d'abord vérifier si un numéro de série figure sur l'arme, et s'il n'a pas été limé. Si cet élément est exploitable, l'arme pourra être tracée. Autre indice : des éléments de crosse ont été retrouvés sur la scène de crime. Si ces mêmes éléments manquent sur le pistolet retrouvé, la correspondance serait quasi certaine.
Une affaire hors norme, quatorze ans de mystère
Depuis 2012, toutes les hypothèses ont été explorées : la piste irakienne, l'espionnage industriel, un conflit familial sur fond d'héritage entre Saad al-Hilli et son frère. Des commissions rogatoires ont été lancées à l'étranger, sans résultat. Le dossier a été transmis en 2022 au pôle cold-case de Nanterre, qui l'instruit toujours.
Jacques Dallest, qui fut procureur général de Chambéry, ne croit pas que le tireur ait conservé l'arme chez lui. Il a pu s'en débarrasser, dit-il. Le lac d'Annecy se trouve à environ 35 kilomètres de Genève, en Suisse. L'arme a été retrouvée plutôt en bordure de plage. Autant d'éléments qui poussent les enquêteurs à tout vérifier.
En attendant, la Corse, terre de mystères et de silences, sait que les lacs et les montagnes gardent parfois leurs secrets pendant des décennies. Mais ici, peut-être que l'eau a rendu ce que la terre refusait de dire.
Questions fréquentes sur la tuerie de Chevaline
Quand a eu lieu la tuerie de Chevaline ?
Le 5 septembre 2012, sur un chemin forestier à Chevaline, en Haute-Savoie. Quatre personnes ont été abattues : trois membres de la famille al-Hilli et un cycliste français, Sylvain Mollier.
Où a été retrouvé le pistolet en 2026 ?
Au fond du lac d'Annecy, le 20 août 2026, par des touristes britanniques, près d'une plage. Le lac se situe à quelques kilomètres du lieu des crimes.
Peut-on encore trouver de l'ADN sur une arme immergée ?
Oui, selon l'ancien procureur Jacques Dallest. Des traces d'ADN peuvent subsister à l'intérieur du pistolet, notamment si le tireur a remonté ou nettoyé l'arme. Tout dépend de l'état de conservation.
Photo : Ladepeche.fr