Deux personnes ont trouvé la mort dans la nuit du 5 au 6 novembre 2026, emportées par les eaux avec leur véhicule sur la RT10 entre Bonifacio et Porto-Vecchio, pendant un épisode méditerranéen d'une violence rare qui a déversé l'équivalent de plus de deux mois de pluie en 48 heures sur la Corse-du-Sud.
La préfecture a confirmé le drame : le véhicule a été emporté vers 1 heure du matin. Une troisième personne à bord a pu s'extraire de l'engin et a été secourue par hélicoptère. Les deux autres occupantes ont été retrouvées mortes par les sapeurs-pompiers, selon le récit de BFMTV.
Un diluvio senza memoria
Ce que les météorologues appellent un épisode méditerranéen, u nostru mare en connaît la violence depuis toujours. Mais cette fois, les chiffres dépassent la mémoire des habitants. À Conca, il est tombé 279 millimètres de pluie en 48 heures. À Porto-Vecchio, 204 millimètres. Météo-France a relevé à Figari, où se situe l'aéroport, plus d'un mois de pluie en 24 heures.
Porto-Vecchio a battu son record quotidien de pluie absolu jeudi, avec 173 millimètres d'eau. Dans l'arrière-pays, la rivière Bala a dépassé les 5 mètres au pont du même nom, elle qui mesure habituellement 1,10 mètre de profondeur. Un torrent, tout simplement.
« J'ai jamais vu ça », a rapporté le maire de Porto-Vecchio, Jean-Christophe Angelini.
« On est confrontés à quelque chose qui n'a pas d'équivalent dans notre mémoire collective », a insisté l'élu, rapporte Corse Net Infos, dont les images de la région portovecchiese témoignent de l'ampleur du désastre.
Muratellu tagliatu da u mondu
À Muratellu, près de Porto-Vecchio, les crues ont creusé des torrents de boue. Des véhicules ont été emportés, des routes se sont effondrées sous la pression de l'eau. Le hameau est désormais coupé du monde.
« Tout est écroulé », raconte un habitant à BFMTV. « Il y a beaucoup de dégâts. Partout. »
Le Dragon 2B de la Sécurité civile a été mobilisé pour hélitreuiller deux personnes prises au piège par la montée des eaux d'une rivière. Au total, 120 personnes ont dû être évacuées et hébergées dans un gymnase de Porto-Vecchio, comme le montrent également les images de TF1.
« Ça a été très rapide », confirme le commandant Michael Catoire, chef du centre de Porto-Vecchio. « On a eu un enchaînement important de situations complexes, avec de nombreuses évacuations à faire et des sauvetages. »
« On a été réveillés par le vacarme de la rivière, juste derrière nous », raconte Dimitri, un habitant évacué. « On a passé une nuit assez courte. »
Solenzara colpita una seconda volta
Il y a deux semaines à peine, la Corse avait déjà été balayée par un épisode méditerranéen particulièrement violent qui avait battu plusieurs records de cumuls à Solenzara. La zone, toujours sinistrée, a été une nouvelle fois arrosée de l'équivalent de près d'un mois et demi de pluie sur les dernières 24 à 48 heures, soit 158 millimètres.
Deux déluges en quinze jours sur la même île. Deux fois le même flanc est, de Figari à Solenzara. La répétition interroge : notre terre, u nostru paisolu, encaisse un climat qui se durcit, pendant que les moyens de secours restent gérés depuis Paris, à des centaines de kilomètres de nos vallées.
Qui mieux que les nôtres connaît nos rivières, nos ponts, nos routes ? La question de la gestion locale de la protection civile se pose avec une urgence que ce nouveau drame rend cruelle. Un peuple qui décide de lui-même se protège mieux.
Le continent également touché
Le même système pluvieux a frappé l'Hérault et le Gard, régulièrement exposés depuis l'automne aux épisodes méditerranéens à répétition. Sur l'axe Montpellier-Alès, 90 à 130 millimètres sont tombés en 24 heures, dont 121 millimètres à l'aéroport de Montpellier, selon Météo-France.
À Salindres, dans le Gard, 319 millimètres d'eau sont tombés en 48 heures. Le Vidourle a atteint 4,50 mètres dans la nuit, battant sa crue de 2014, avant d'entamer une légère décrue à 4,36 mètres vendredi matin.
Ce qui reste à faire
Vendredi en matinée, les pluies continuaient, bien que franchement atténuées, et de nombreuses routes restaient coupées. La Corse demeurait en vigilance orange pluie-inondation jusqu'à midi, avec d'importants cumuls attendus sur tout son flanc est.
Les secours, pompiers et hélicoptères continuaient de surveiller les cours d'eau. Le bilan humain reste pour l'heure de deux morts, et la priorité des jours qui viennent sera le déblaiement des routes effondrées et le rétablissement des liaisons avec les hameaux isolés.
Questions fréquentes
Combien de pluie est tombé sur la Corse-du-Sud ?
En 48 heures, il est tombé l'équivalent de plus de deux mois de pluie pour un mois de novembre : 279 millimètres à Conca et 204 millimètres à Porto-Vecchio, selon Météo-France.
Que s'est-il passé à Muratellu ?
Les crues ont emporté des véhicules et fait s'effondrer des routes sous la pression de l'eau. Le hameau proche de Porto-Vecchio est coupé du monde depuis la nuit du 5 novembre.
La Corse était-elle déjà touchée récemment ?
Oui. Deux semaines plus tôt, un épisode méditerranéen violent avait battu des records de pluie à Solenzara, zone encore sinistrée et arrosée à nouveau par 158 millimètres en 24 à 48 heures.
