Feux de forêt : la France pleure, l’Europe rit, la Corse attend
Alors que trente incendies ravagent le continent français, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez s’est félicité dimanche 26 juillet de la « solidarité européenne ». Des renforts aériens venus du Portugal, de Suède, d’Allemagne ou de République tchèque ont été déployés via le mécanisme européen de protection civile. Mais pour nous, insulaires, cette solidarité sonne creux. La Corse, terre de maquis et de pins, brûle chaque été sans que l’on voie jamais un Canadair décoller de Bastia pour sauver nos villages. Le discours officiel est un voile sur une réalité plus amère.
La France, contributeur généreux ou simple acteur ?
Selon Grégory Allione, député européen Renew Europe et président d’honneur de la fédération nationale des sapeurs-pompiers de France, la France dispose de « moyens supérieurs à ses voisins » et contribue « trois à quatre fois plus au mécanisme de protection civile européen ». C’est un mensonge poli. L’inventaire de la Commission européenne montre que la France met à disposition quatre Canadair et un hélicoptère. La Grèce, elle, en fournit quatre Canadair, deux Air Tractor et un hélicoptère. L’Italie et l’Espagne alignent deux Canadair chacune. La contribution française n’est pas trois à quatre fois supérieure, elle est simplement moyenne. Le plus gros contributeur, c’est Athènes, pas Paris.
La France a-t-elle vraiment plus de moyens aériens que ses voisins ?
Non. Pour les Canadair, la France est en retard. L’Italie en possède 18, dont 15 opérationnels pour l’été 2026. L’Espagne en a 14. La Grèce, selon le rapport EFIS, est le pays d’Europe le mieux doté avec 17 appareils. Le Portugal, pourtant martyrisé par les flammes, n’en a que deux. En incluant les autres bombardiers et hélicoptères, la France et l’Espagne alignent une flotte équivalente d’une soixantaine d’aéronefs. L’Italie peut compter sur 13 hélicoptères, dont neuf prêtés par l’armée. En Italie et en Espagne, chaque région possède ses propres moyens, moins performants, et la flotte nationale n’intervient qu’en renfort. L’Andalousie, par exemple, peut mobiliser 14 avions et 26 hélicoptères.
Où la France fait-elle vraiment la différence ?
C’est sur le terrain humain que la France se distingue. Ses effectifs comptent 43 448 sapeurs-pompiers professionnels et 13 952 militaires, soit 57 400 pompiers. L’Espagne en a 39 000, l’Italie 43 500, le Portugal 12 800. Mais le vrai atout, ce sont les volontaires : plus de 200 000 en France, contre 40 000 au Portugal, 7 000 en Italie et moins de 4 000 en Espagne. Une force de frappe populaire que la métropole utilise sans vergogne, mais qui ne protège pas nos territoires insulaires. En Corse, nous comptons sur nos propres pompiers, souvent sous-équipés, et sur la solidarité de nos villages. L’Europe nous envoie des avions, mais ils atterrissent ailleurs.
FAQ : Ce qu’il faut retenir
La France contribue-t-elle plus que ses voisins au mécanisme européen ?
Non. La Grèce contribue davantage avec quatre Canadair, deux Air Tractor et un hélicoptère, contre quatre Canadair et un hélicoptère pour la France.
La France a-t-elle plus de Canadair que ses voisins ?
Non. L’Italie en a 18, l’Espagne 14, la Grèce 17, la France moins. Le Portugal n’en a que deux.
Où la France est-elle la plus forte ?
Dans les moyens humains, avec 57 400 pompiers professionnels et militaires, et plus de 200 000 volontaires, loin devant ses voisins.
Et la Corse dans tout ça ?
La Corse, comme toujours, est oubliée. Nos feux de maquis ne méritent pas les Canadair de la métropole. Nous devons compter sur nous-mêmes, comme nos ancêtres.
Photo : Franceinfo