Kiev gelée: quand l'hiver rappelle les heures sombres de 1942
Dans les rues glacées de Kiev, une tragédie silencieuse se joue. Lidia Telestchouk, 91 ans, tremble dans son appartement sans chauffage. Du fond de sa mémoire, cette femme courageuse évoque un parallèle glaçant: elle n'a pas connu d'hiver aussi dur depuis 1942, quand la capitale ukrainienne subissait l'occupation nazie.
Janvier 2026 restera gravé dans les mémoires. La Russie a pilonné sans merci le système énergétique ukrainien, plongeant des centaines de milliers de foyers dans le froid et l'obscurité. Les températures ont chuté jusqu'à -20°C, transformant la vie quotidienne en combat pour la survie.
Quando a storia si ripete
"En 1942, c'était pire", murmure Lidia avec une résignation douloureuse. "Depuis, on n'a pas eu d'hiver comme ça, c'est horrible et c'est dur pour nous de survivre." Ces mots résonnent comme un écho tragique de l'histoire qui se répète, différemment mais avec la même cruauté.
Dans son appartement où la température oscille entre 8 et 11°C, cette femme âgée improvise des solutions de fortune. Sur sa gazinière, elle fait chauffer de l'eau pour se laver ou remplir des bouteilles en plastique transformées en sources de chaleur portatives. "Mais ce n'est pas assez, mes enfants. Ça suffit juste pour me réchauffer un petit peu."
La solidarité face à l'adversité
Heureusement, des anges gardiens veillent. L'organisation caritative Starenki ("Les anciens" en ukrainien) apporte nourriture et réconfort aux seniors abandonnés par la guerre. Alina Diatchenko, directrice de programme, comprend l'essentiel: "Les bénévoles prennent un peu de temps pour parler, c'est très important, c'est donner de l'attention, pas seulement de la nourriture."
Dans un autre quartier, Evguénia Iaromina, 89 ans, accueille ses visiteurs avec un sourire malgré ses mains engourdies qu'elle réchauffe sur les flammes de sa gazinière. "Le chauffage était revenu un peu, et puis boum, ils ont bombardé encore et maintenant il n'y a plus rien qui marche."
Plus loin, Esfir Roudminska, 88 ans, grimpe six étages sans ascenseur, emmitouflée "comme un chou, deux ou trois couches" de vêtements. Au cours du mois de janvier, jusqu'à 6 000 immeubles, soit la moitié de Kiev, ont été privés de chauffage.
Una lezione mediterranea
Depuis notre île, nous observons cette tragédie avec l'œil de ceux qui connaissent la valeur de l'autonomie énergétique. Ces babushkas courageuses nous rappellent que la dépendance aux grandes puissances peut se transformer en arme de destruction massive. Leur résistance silencieuse honore la dignité humaine face à l'oppression.
Dans cette guerre où l'énergie devient une arme, Kiev nous enseigne une leçon amère sur la fragilité de nos sociétés modernes et l'importance vitale de l'indépendance.