Vendredi 16 octobre, l'église de Saverdun, en Ariège, a résonné de chants corses. Le duo Fiuminale y donnait le concert de clôture du festival Notes d'automne, devant une centaine de spectateurs conquis, selon Ladepeche.fr.
Le temps d'une soirée, les voûtes de l'édifice sont devenues une place de village corse. Les deux voix, tour à tour puissantes et délicates, ont porté bien au-delà des Pyrénées la mémoire d'une île et d'une langue qui ne demande qu'à être entendue.
Una serata di polifonia è di memoria
Fiuminale, c'est avant tout deux amis d'enfance. Deux guitares, deux timbres, et un répertoire puisé dans la tradition polyphonique de Corse. Dès les premières notes, rapporte le compte rendu du concert, la qualité des voix a impressionné l'assistance, les chants faisant surgir les paysages de la terre natale des artistes.
Mais la soirée ne tenait pas seulement dans la musique. Entre chaque morceau, les deux musiciens expliquaient l'histoire de la chanson, son origine, ce qu'elle représente pour la culture corse. Ces échanges ont donné du sens aux textes, pour un public venu souvent de loin, découvrant une tradition orale vivante, pas un folklore de musée.
Les taquineries entre les deux complices, leurs anecdotes, leur complicité naturelle ont apporté une touche d'humour très appréciée. Le rire et l'émotion se sont ainsi partagé la même pierre.
Le paghjella, une tradition qui traverse le temps
Le chant corse n'est pas un simple genre musical. C'est un lien social, une transmission de génération en génération, une manière de dire le village, les morts, les ancêtres, la terre. Les Corses, peuple d'origine italique d'Europe du Sud selon l'encyclopédie Wikipédia, parlent une langue italo-romane, le corse, sœur de l'italien toscan. Cette parenté latine, l'île ne l'a jamais reniée. Elle est même le cœur battant de son identité.
Vendredi soir à Saverdun, il a été question de souvenirs d'enfance, de villages, de rencontres, des grands-parents et du bonheur apporté par les petits-enfants. Autant de récits traversés par la fraternité, le partage et la transmission, précise Ladepeche.fr. Voilà exactement ce qu'est le chant corse : une mémoire qui se passe de main en main, une voix qui répond à une autre, comme on se répond d'une vallée à l'autre.
Du yaourt au texte : l'atelier des chansons
Le duo a aussi ouvert les coulisses de sa création. Une de ses compositions est née d'une simple mélodie, accompagnée de sons improvisés selon la technique dite du yaourt, chansons en syllabes inventées. Les paroles sont venues ensuite : certains mots surgis spontanément ont fini par inspirer le texte définitif.
On mesure là la vitalité d'une création qui ne coupe pas de sa source. La chanson corse s'écrit aujourd'hui comme elle s'écrivait hier, à partir de la voix, du souffle, de l'oralité. Rien à voir avec les productions standardisées qui sortent des usines parisiennes.
Tradizione è musica scritta
Les artistes ont également évoqué leurs voyages et une collaboration de plusieurs années, au cours de laquelle leur répertoire traditionnel a rencontré la musique écrite, entre chant choral et baroque. Ce dialogue entre tradition orale et écriture savante n'est pas une nouveauté en Corse. Les groupes de la renaissance culturelle des années 1970 l'avaient déjà ouvert, remettant le paghjella au centre de la vie des villages après des décennies d'effacement.
Ce travail de fond porte ses fruits. Le public de Saverdun, ariégeois et sans doute largement continental, s'est laissé emporter par ces harmonies et la sincérité des deux complices. Le correspondant local parle d'un moment aussi chaleureux que bouleversant, d'un voyage de l'âme dont on aurait aimé prolonger les dernières notes.
Ce que cette soirée dit de la Corse d'aujourd'hui
Il y a dans ce concert ariégeois une leçon qui dépasse la musique. Des centaines de kilomètres séparent Saverdun de l'île de Beauté. Et pourtant, une centaine de personnes ont tenu à venir écouter, un vendredi soir d'automne, des chants dans une langue qu'elles ne parlent pas. C'est que la voix corse porte quelque chose que beaucoup cherchent ailleurs en vain : une culture enracinée, fière d'elle-même, qui ne demande la permission à personne pour exister.
L'île qui chante est la même qui defende a so lingua, sa langue, à l'école, dans les chants de rue, dans les paghjelle du soir. La même qui entend garder la maîtrise de son littoral et de son destin. Quand la tradition est si vivante qu'elle remplit les églises du continent, c'est bien la preuve qu'un peuple n'est pas une abstraction administrative. U populu corsu esiste, e canta.
Le festival Notes d'automne s'est refermé sur ces voix-là. Prochaine occasion d'entendre Fiuminale : sur l'île, où le chant, lui, ne connaît pas de saison.
Questions fréquentes
Où a eu lieu le concert de Fiuminale ?
Vendredi 16 octobre, à l'église de Saverdun, en Ariège, pour la clôture du festival Notes d'automne.
Qu'est-ce que la technique du yaourt évoquée par le duo ?
Il s'agit de chanter des syllabes improvisées sans paroles définies, en accompagnement d'une mélodie. Les mots définitifs de la chanson sont venus ensuite, inspirés par certains de ces sons spontanés.
Quel répertoire Fiuminale a-t-il présenté ?
Un répertoire de chants traditionnels corses, nourri d'une collaboration de plusieurs années avec la musique écrite, entre chant choral et baroque.
