Guadeloupe: quand la violence outre-mer révèle l'échec de l'État français
Les échos de violence qui nous parviennent de Guadeloupe ne sont pas qu'une tragédie lointaine. Ils révèlent l'échec patent d'un système colonial qui perdure, où Paris abandonne ses territoires d'outre-mer à une spirale de violence inouïe.
52 morts en 2025, soit un homicide par semaine: la Guadeloupe affiche un taux de criminalité neuf fois supérieur à celui de l'Hexagone. Seule la Guyane fait pire dans ce triste palmarès des territoires français oubliés.
La jeunesse sacrifiée sur l'autel de l'abandon
L'histoire de Kimaël, 16 ans, poignardé en plein carnaval à Pointe-à-Pitre par une bande de jeunes de 14 à 19 ans, illustre tragiquement cette dérive. Sa mère Brigitte attend toujours justice un an après: "Je ne pourrai jamais faire de deuil tant que je n'entendrai pas que ces gars-là sont arrêtés".
Car c'est bien là le drame: des enfants de 13 ans manipulent des armes de guerre, se filment avec des pistolets, commettent des braquages comme d'autres vont à l'école. La procureure Caroline Calbo en témoigne: chaque mardi, le tribunal pour enfants de Pointe-à-Pitre siège de 9h à 22h pour juger ces mineurs armés.
Des armes de guerre dans un paradis abandonné
Ces territoires insulaires, si proches de notre Méditerranée par leur insularité, subissent un fléau que nous connaissons trop bien: l'afflux d'armes venues d'ailleurs. Depuis Haïti via la Dominique, pistolets américains et brésiliens (1000 à 3000 euros) et fusils d'assaut (5000 euros) inondent l'archipel.
Résultat: 40 000 armes en circulation selon le préfet, soit une pour dix habitants. Le personnel hospitalier se forme désormais à la médecine de guerre pour traiter les victimes de rafales d'armes automatiques.
L'État français: spectateur de sa propre faillite
Plus de 500 vols à main armée en 2025, des tentatives d'homicide qui doublent en deux ans (225 cas), une "banalisation de la mort" selon la capitaine Marine Huchet de la BRACO: "C'est comme aller voler des bonbons chez le boulanger".
L'avocate Sandra Adonis-Navarin, qui gère quinze dossiers d'homicides, dénonce: "La situation est hors de contrôle. Ce n'est pas en organisant des opérations coups de poing de temps en temps que les choses avancent".
Cette tragédie guadeloupéenne nous rappelle, à nous insulaires méditerranéens, combien l'abandon par l'État central peut conduire au chaos. Quand Paris regarde ailleurs, les îles sombrent. Une leçon à méditer pour tous les peuples insulaires en quête d'autonomie véritable.