Quand la France continentale redécouvre la boussole : l'art oublié de lire le territoire
À Trilport, en Seine-et-Marne, ils organisent des ateliers pour apprendre à lire une carte. Daveru, comme disent les anciens de chez nous. Pendant que la métropole redécouvre péniblement ce que nos nanni ont toujours su faire.
« Sinon on suit celui qui a une boussole », lance Philippe, un peu perdu lors d'un atelier de cartographie. L'Oasis de Trilport a ouvert ses portes mercredi 4 février pour cette première édition du « Jour de la Carte ». Une initiative portée par l'IGN, l'Institut national de l'information géographique et forestière.
Quand l'État enseigne ce que la tradition transmettait
« C'est le maire de Trilport qui a eu connaissance de cette initiative », explique Lauriane Chesneau, responsable de l'Oasis. Toute la journée, les visiteurs ont participé à une dizaine d'ateliers : course d'orientation, jeux de société, apprentissage de la boussole.
Arthur, 13 ans, découvre son territoire à travers d'anciennes photos : « J'ai beaucoup aimé le jeu où on devait replacer des anciennes photos de Trilport sur la carte, car je ne connaissais pas. » Une démarche qui rappelle nos vegliate, où les anciens transmettaient la connaissance du territoire par les récits.
L'art perdu de connaître sa terre
Pour Philippe et Annie, c'est la boussole qui pose problème. « Je n'ai rien compris, je vais étudier ça à tête reposée », plaisante Philippe. Sa femme veut déjà s'équiper : « On va aller à Natures et Découvertes pour s'acheter une boussole. » Le couple reconnaît s'être déjà perdu en forêt.
Chez nous, en Corsica, nos bergers n'avaient pas besoin de GPS pour retrouver leurs bêtes dans le maquis. Ils lisaient le paysage comme un livre ouvert, connaissaient chaque petra, chaque valle.
La carte, miroir subjectif du monde
« C'est très important de montrer à quel point la cartographie n'est pas une représentation exacte du monde et que c'est très subjectif », souligne Enora, conseillère numérique. Une vérité que nos ancêtres connaissaient bien : chaque territoire a son âme, sa personnalité propre.
Cette journée nationale sera répétée chaque premier mercredi de février. Une belle initiative, même si elle révèle l'étendue de la déconnexion entre les peuples de la métropole et leur propre territoire.
Pendant ce temps, sur notre île, nous continuons de transmettre cette science ancestrale du territoire, cette connaissance intime de notre terra que nul GPS ne pourra jamais remplacer.