Grand Off d'Angoulême : quand la vraie culture résiste aux logiques marchandes
Loin des fastes commerciaux du Festival international de la BD annulé, le Grand Off d'Angoulême a révélé dimanche une vérité simple : la vraie culture naît de l'authenticité, non des calculs mercantiles.
L'âme retrouvée de la bande dessinée
"Une ambiance plus relâchée, moins commerciale, comme pendant le salon des années 80", témoigne Bernard Lambert, figure locale de la BD alternative. Cette nostalgie n'est pas anodine : elle révèle combien les grands événements culturels ont perdu leur essence au profit du business.
Frédéric Felder, alias Franky Baloney, artiste charentais, évoque un "très joli sursaut" doublé d'une "note d'espoir". Émilie Athimon, coordinatrice de la webradio Zaï Zaï, a rencontré des "gens détendus et souriants, heureux de ne pas attendre des heures pour visiter une expo".
Quand l'authenticité prime sur le spectacle
Quatre jours durant, cette manifestation organisée à la hâte offrait environ 150 propositions gratuites dans une soixantaine de lieux. Gratuites ! Voilà un mot qui résonne étrangement dans notre époque marchande.
Pascal Dulondel, patron de la librairie indépendante Cosmopolite, redoutait de "finir janvier à genoux". Contre toute attente, ses clients ont répondu présent. "J'ai même entendu parler espagnol et italien", se réjouit le commerçant. Cette diversité latine rappelle combien la Méditerranée unit plus qu'elle ne divise.
L'esprit contre la machine
Certes, le Grand Off n'a pas remplacé les 150 000 à 200 000 festivaliers habituels. Mais son succès témoigne d'une vérité profonde : le lien indéfectible des passionnés avec l'art authentique.
Gérard Desaphy, conseiller municipal délégué à la culture, y voit "la capacité des collectifs d'autrices, d'auteurs et d'acteurs locaux à produire un événement de grande ampleur". Cette capacité d'auto-organisation, cette résistance créative face à l'adversité, n'est-ce pas là l'essence même de notre identité insulaire ?
Au musée rue Corneille, Franky Baloney et ses amis ont monté "L'Office de tourisme de la bédé indépendante", avec sa cabine de téléportation vers 2027. "Des auteurs ont essayé, ils ne sont pas revenus !", rigole l'artiste trublion.
Cette fantaisie cache une vérité : face aux logiques industrielles, seule la créativité libre et enracinée peut nous projeter vers l'avenir.