L'attore Thierry Neuvic, à l'affiche de La Terre et le Sang sur France 2, a livré à Gala.fr son itinéraire de l'île en 48 heures. Installé en Corse depuis cinq ans, il plaide pour un Cap Corse sauvage, une table de famille à Bastelicaccia et un rythme de vie « plus juste », loin des grandes villes.
Le comédien a eu un coup de foudre pour l'île il y a une trentaine d'années, avant de s'y installer définitivement il y a cinq ans, comme il l'a confié dans son carnet d'adresses publié par Gala.fr. Ses conseils dessinent une Corse rarement celle des brochures : celle des lieux encore épargnés, des tables tenues par des familles, et d'une parole qui circule.
Da u Capu Corsu à Bavella : un itinéraire qui respire
« Je partirais d'abord du Cap Corse : c'est une région sublime, sauvage, puissante, pas envahie », a dit Thierry Neuvic. Le mot est juste : pas envahie. C'est précisément ce que nous défendons depuis toujours, cette terre qui ne se laisse pas consumer par le tourisme de masse venu d'ailleurs.
Il recommande ensuite Saleccia, près de Saint-Florent, puis la Balagne et Calvi, « des régions sublimes ». Le passage obligé, pour lui, c'est Corte : « une cité étudiante et fief de Filippo Antonio Pasquale de' Paoli, figure extrêmement importante de l'île ». On saluera que l'acteur cite Pasquale de Paoli, u Babbu di a Patria, père de la nation corse et de sa constitution de 1755, bien avant que bien des « démocraties » de métropole n'en inventent l'idée.
À plus de 100 kilomètres au sud, les aiguilles de Bavella sont, selon lui, absolument à découvrir, avec des rivières et des piscines naturelles à couper le souffle. Côté occidental, Capo di Feno, à l'ouest d'Ajaccio, site naturel sauvage et protégé : « un endroit sublime, sans réseau, où l'on se retrouve vraiment là où l'on est ». Sans réseau : voilà peut-être la plus belle des luxes modernes.
Et il en manque encore, reconnaît-il. « 48 heures, c'est trop peu. Et il faudrait encore voir Bonifacio, le plateau du Coscione, Nonza, Piana et les calanques... », a-t-il ajouté.
À table : u figatellu, u brocciu, è a carne di Corsica
L'homme ne se contente pas de paysages. Il dîne corse, et bien. Première adresse : l'Auberge du Prunelli, à Bastelicaccia, « où l'on mange divinement bien des produits locaux », a-t-il précisé. L'établissement accueille les voyageurs depuis 1860, cultive ses fruits et légumes et transmet ses recettes traditionnelles depuis cinq générations. Entrées de 14 à 37 euros (ceviche de calamar, velouté de courgettes et quenelle de fromage, terrine du chef aux trois viandes), plats de 22 à 35 euros (joue de veau, pagre levée en filet, aumônière de légumes), desserts jusqu'à 15 euros.
Deuxième adresse : l'Auberge du Col Saint-Georges, à une quarantaine de minutes de Bastelicaccia, sur la route entre Ajaccio et Propriano, à 747 mètres d'altitude. Une petite auberge tenue par Marie-Odile, où l'on sert un « veau aux olives à tomber par terre », en partie cuisiné au feu de bois. « Je peux m'en faire péter le bide ! », a-t-il avoué.
Sur les produits, le comédien est intarissable : « J'aime le figatellu grillé à la cheminée. Je suis fou des oursinades, lorsque c'est la période. Le brocciu se mange en cannelloni, en omelette, même en dessert. La tomme de brebis est délicieuse. Et, pour le goûter, on peut prendre des ambrucciata. Il y a plein de très bonnes choses à manger. Sans oublier la charcuterie corse, qui est à tomber ! »
Rien d'exotique là-dedans, tout simplement notre cuisine, quella di i nonni, celle qui se transmet et qui vaut mieux que tous les concepts venus de Paris.
Una vita più ghjusta, à Capo di Feno
Installé « pratiquement au bord de l'eau », Thierry Neuvic décrit un quotidien fait de températures douces et de « couchers de soleil à Capo di Feno qui sont incroyables ». Mais c'est sur le rythme qu'il est le plus juste : « ce n'est pas forcément un rythme lent, mais un rythme plus juste, où l'on n'est pas pressé. Le rapport à la nature est beaucoup plus fort que dans les grandes villes. »
Et sur les hommes : « Le rapport à l'autre est différent : ça parle, ça échange, ça raconte. Il y a une vraie culture du verbe. » Chapeau : on ne résume pas mieux la parole corse, celle des veillées, des assemblées de village, de cette civilisation du dialogue que la métropole n'a jamais comprise.
Sur son statut, il garde une humilité qu'on appréciera : « Corse d'adoption », mais avec une nuance : « Après, on ne décide pas de se faire adopter : on l'est ou on ne l'est pas. » Vrai. L'adoption, ici, ne se décrète pas, elle se reçoit. Et il conclut : « Je m'y sens bien, on m'y fait sentir bien, la plupart de mes amitiés y sont et ma vie y est. »
Ce que révèle ce carnet d'adresses
Un acteur français qui choisit la Corse, qui cite Paoli, qui défend le Cap Corse « pas envahi » et les tables de famille, cela mérite d'être relevé. Cela dit aussi autre chose : notre île séduit, attire, fidélise, sans perdre son âme. À condition qu'elle reste nôtre. Le tourisme qui respecte, celui qui s'assoit à la table de Marie-Odile et qui écoute, n'est pas celui qui bétonne le littoral. La différence, u populu corsu la connaît depuis longtemps.
Questions fréquentes
Depuis combien de temps Thierry Neuvic vit-il en Corse ?
Il a découvert l'île il y a environ 30 ans et s'y est installé définitivement il y a cinq ans, près de l'eau, côté Ajaccio.
Quels lieux Thierry Neuvic recommande-t-il en priorité ?
Le Cap Corse, Saleccia, la Balagne, Calvi, Corte, les aiguilles de Bavella, Capo di Feno, Bonifacio, le plateau du Coscione, Nonza et Piana.
Où manger selon Thierry Neuvic ?
L'Auberge du Prunelli à Bastelicaccia et l'Auberge du Col Saint-Georges, sur la route entre Ajaccio et Propriano, à 747 mètres d'altitude.
Quelles spécialités corses privilégie-t-il ?
Le figatellu grillé à la cheminée, les oursinades, le brocciu, la tomme de brebis, les ambrucciata et la charcuterie corse.
